
End It (c) Romain Ballez
Le dimanche débute sous un soleil de plomb. Les températures flirtent avec les 38 °C au cœur de l’après-midi et la Warzone se transforme rapidement en étuve. C’est dans ces conditions qu’End It ouvre notre dernière journée de festival. Le concert est d’autant plus attendu qu’il s’agit de l’une des premières apparitions du groupe depuis la polémique née d’un déguisement de banane porté par un spectateur, perçu comme une insulte raciste envers son chanteur afro-américain. Ce dernier avait alors exhorté le public à passer le « fautif » quasiment à tabac… Les Américains choisissent pourtant de ne pas s’attarder sur cet épisode et répondent uniquement par la musique. Dès « Wrong Side Of Heaven », morceau-titre de leur dernier album, la Warzone retrouve tout ce qui fait le charme du hardcore punk : une énergie brute, des riffs sans détour et une sincérité immédiate. La setlist met logiquement l’accent sur ce disque, défendu avec conviction par un groupe particulièrement concentré. Le concert paraît malheureusement beaucoup trop court. Après à peine une demi-heure, End It quitte déjà la scène, bien avant les quarante minutes initialement prévues. Cela n’empêche pas le public de profiter pleinement de l’instant. Le sommet du set intervient avec leur excellente reprise de « Could You Love Me » de Maximum Penalty, reprise en chœur avec ferveur par les premiers rangs. La foule n’est pas immense, la chaleur ayant sans doute retenu une partie des festivaliers, mais ceux qui ont fait le déplacement assistent à une prestation intense, sans temps mort et terriblement efficace. Une excellente manière de lancer cette dernière journée. (Pierre-Antoine Riquart)
Quand on est le meilleur groupe du monde (certes, autoproclamé), jouer à peine trente minutes à midi, même sur la Main Stage, pourrait filer un coup de cafard. Oui, mais les Californiens de Dwarves ne sont pas faits de ce bois-là. En dépit d’une affluence clairsemée sous un soleil de plomb, le chanteur Blag Dahlia ne perd ni le sourire ni sa superbe lorsqu’il s’agit d’affirmer que Dwarves trône toujours au sommet de la hiérarchie punk rock mondiale. Après tout, un tel postulat ne mange pas de pain et, comme à son habitude, le groupe joue à fond la carte d’une fraîcheur électrisante qui fait particulièrement défaut ce jour-là. On a donc presque envie de lui donner un blanc-seing. « We Are The Scene », glousse-t-il avec sa mine réjouie, au milieu d’un déluge de titres punk pop, dont beaucoup sont tirés de Jenkem, leur dernière livraison discographique, aussi truculente que réjouissante. Et franchement, on n’a aucune envie de le contredire tant sa bouffonnerie est communicative. Avec quelques mètres de plus pour que le jet d’eau du préposé à l’arrosage du public puisse enfin nous atteindre, ce concert aurait même frôlé la perfection. (Laurent Catala)
On commence cette légendaire journée NOLA sludge dans la Valley (oh, oh, de Dana, tralilala) avec Black Tusk, un groupe qui n’a… absolument rien à voir avec ladite scène, puisqu’il est issu de celle de Savannah, qui a notamment vu naître Kylesa et Baroness. Cela dit, on reste globalement dans le southern metal avec les Géorgiens, qui ont donc toute leur place à la Valley en ce dimanche atrocement caniculaire. C’est d’ailleurs la première fois qu’on voit Black Tusk, quatuor qui a connu son lot de drames (à commencer par la mort de son premier frontman, Jonathan Athon, en 2014) et qui a toujours eu un peu de mal à sortir de son statut de sympathique second couteau de la scène stoner/sludge, mâtiné, dans son cas, de fiers accents punk. Black Tusk, c’est l’image d’Épinal du groupe qui file droit, quelque part entre Doomriders, Red Fang et High On Fire, mais en moins tubesque. Pourtant, alors qu’on avait complètement décroché de leur discographie après l’oubliable T.C.B.T., on a été agréablement surpris par le solide et efficace The Way Forward. On passe donc un très bon moment en leur compagnie, d’autant que le son est exceptionnel. Le groupe, de son côté, dégage une énergie impressionnante au vu des conditions climatiques et déroule une setlist particulièrement efficace, logiquement axée sur The Way Forward. Bref, Black Tusk est ultra-chaud d’être là. Nous aussi, d’ailleurs, on est ultra-chauds. Parce que le concert est bon, certes, mais aussi – et surtout – parce qu’il fait bien quarante degrés au soleil, qu’il n’y a pas un centimètre d’ombre à la Valley et qu’on est finalement contraints d’opérer un repli stratégique vers l’Altar un peu avant la fin du concert. Les Géorgiens auront néanmoins fait honneur à la scène de Savannah, après Kylesa l’an dernier, déjà un dimanche, déjà à la Valley. (Romain Lefèvre)

Drain (c) Romain Ballez
À 14 heures, ce dimanche à Clisson, les températures sont à peine soutenables du côté de la Warzone et on se demande bien comment les énergiques Californiens de Drain vont pouvoir livrer autre chose qu’un concert de survie. Mais ce serait mal connaître la bande de Sammy Ciaramitaro qui, micro en main, saute dans tous les sens et donne tout ce qu’elle a pendant quarante minutes. Mieux encore, le public de la Warzone lui emboîte immédiatement le pas dès que le frontman lance son désormais célèbre « can you feel the pressure?! ». Le groupe était manifestement attendu : on repère même un type déguisé en requin humanoïde, la mascotte de Drain. Avec un line-up renforcé par le bondissant Greg Cerwonka à la basse, ancien guitariste live de Turnstile et membre de Trash Talk, les Californiens piochent dans leurs trois albums pour proposer un set parfaitement équilibré entre hardcore baston, crossover metal décontracté et punk mélodique qui donne aussitôt envie de remonter sur un skate. Le guitariste Cody Chavez prend le micro sur « Who’s Having Fun? », tandis que, sur leur reprise de « Good Good Things » des Descendents, Sammy fait asseoir le public le temps d’un intermède hip-hop avant que la Warzone n’explose une dernière fois sur « California Cursed », conclusion idéale d’un concert débordant d’énergie et de fun malgré les plus de 40 °C. California love. (Bhaine)
La hype autour des Italiens de Fulci est assez impressionnante et, pour notre part, on ne se cachera pas d’avoir embarqué dans le « Fulcitrain » dès l’excellent Tropical Sun (« Apocalypse Zombie » est l’un des meilleurs morceaux de death metal de ces dix dernières années, c’est important de le rappeler). Depuis ses débuts, le groupe contribue avec enthousiasme à retisser les liens ancestraux entre l’OSDM et le cinéma d’horreur, aussi bien à travers ses thématiques (chez Fulci, le kink, ce sont les zombies) que par son usage de musiques de films saturées de synthés délicieusement kitsch. Origines obligent, c’est le giallo italien des années 80, dont Lucio Fulci fut l’un des grands artisans, qui est ici célébré et donne toute sa saveur – et son côté fun – au death metal ultra-référencé des natifs de Caserte. Particulièrement bas du front et redoutablement efficace, volontiers nourri de mosh parts hérités du hardcore, le death façon Crime TV de Fulci investissait le Hellfest pour la première fois, après plusieurs passages remarqués en France ces dernières années (Petit Bain, l’excellent Rock in Bourlon, etc.). Évidemment, on était de la partie. Sous une Altar écrasée par une chaleur de plomb propice à la torpeur, les Italiens s’en sortent d’ailleurs remarquablement bien face à un public globalement zombifié par le thermomètre et les trois journées de festival déjà dans les jambes. On pourra simplement regretter l’absence de leur traditionnel backdrop, réjouissant montage d’extraits de films d’horreur old school (« qui aurait pu prédire ? »), qui renforce encore l’immersion dans leurs prestations grand-guignolesques. Pour le reste, rien à redire : le groupe déborde d’énergie, le son est ultra-massif et la setlist déroule avec gourmandise les meilleurs morceaux de sa discographie tripière, entre Tropical Sun, Duck Face Killings et Exhumed Information. Deux extraits du très réussi Risorsero dalla Tomba e Fu… L’Apocalisse !, leur dernier EP – qui fait en réalité office de bande originale du court métrage éponyme réalisé par leur complice Domenico Montixi – sont également à l’honneur. On a ainsi droit au sur-efficace « Paura Che Uccide », mais aussi aux incontournables « Apocalypse Zombie », « Eye Full Of Maggots », à la fantastique interlude « Glass » (plus thématique, tu meurs), au rouleau compresseur « Rotten Apple » et à bien d’autres. Bref, mission accomplie pour les fils illégitimes de Mortician, Cannibal Corpse et Skinless, qu’on a déjà hâte de retrouver cet automne à Paris. (Romain Lefèvre)
Quelques heures plus tard, la Valley accueille un groupe devenu presque mythique tant ses apparitions en Europe sont rares. Pourtant, le public reste clairsemé. Peu de festivaliers semblent réellement connaître Soilent Green, monument du sludge et du grindcore de La Nouvelle-Orléans, dont la musique exige un véritable investissement. Le groupe n’a d’ailleurs aucune intention de faciliter les choses. Aucun décor, aucun backdrop, aucun effet visuel : seulement cinq musiciens et une déferlante sonore d’une intensité remarquable. Ben Falgoust impressionne d’emblée par la violence et la maîtrise de ses hurlements, tandis que les riffs s’enchaînent à une vitesse folle avant de laisser respirer l’ensemble grâce aux passages sludge qui constituent l’ADN du groupe. « Build Fear », extrait du formidable Sewn Mouth Secrets & A String Of Lies, figure parmi les grands moments du concert, tout comme « Antioxidant », accueilli avec ferveur par les connaisseurs massés devant la scène. Malgré une assistance relativement réduite, Soilent Green ne ménage jamais ses efforts et livre une prestation exemplaire. Pas toujours facile d’accès, parfois même déroutant, ce set rappelle surtout à quel point le groupe demeure unique. Pour les quelques privilégiés présents, cette rare apparition européenne se transforme rapidement en l’un des moments les plus mémorables du festival. (Pierre-Antoine Riquart)

Wolves In The Throne Room (c) Romain Ballez
La fatigue commence sérieusement à se faire sentir lorsque l’on prend la direction de la Temple. Mais, malgré une chaleur délirante et la touffeur qui règne sous la grande tente black metal en cette fin de journée harassante, il était hors de question de manquer notre premier rendez-vous avec l’un des plus grands groupes de black metal américain, voire l’une des plus grandes formations de black metal atmosphérique de tous les temps. Faite de rendez-vous manqués, notre histoire avec Wolves In The Throne Room connaît enfin son premier chapitre concret. Disons-le d’emblée : les conditions se prêtent difficilement à cette rencontre. Un hangar goudronné et surchauffé, au beau milieu d’un festival gigantesque, est à mille lieues des paysages et des atmosphères convoqués par la musique des frères Weaver, empreinte d’une spiritualité primale, ancestrale et profondément enracinée dans les forêts de leur État natal de Washington, dont ils sont d’infatigables défenseurs. Sans grande surprise, leurs longues plages contemplatives souffrent de cet environnement hostile, même si elles parviennent malgré tout à nous entraîner dans une torpeur hypnotique, régulièrement traversée par les grands riffs de « I Will Lay Down My Bones Among the Rocks and Roots », « Twin Mouthed Spring » ou encore « Thuja Magus Imperium ». Côté setlist, rien à redire : le groupe fait le travail avec un grand professionnalisme et bénéficie d’un son particulièrement réussi. Mais la chaleur finit par prendre le dessus. On peine à s’abandonner totalement au concert, tout en se demandant si l’on mesure collectivement ce qui nous attend dans les années à venir. De toute heavydence, non. On quitte donc la Temple avec un sentiment de frustration teinté d’éco-anxiété. Heureusement, celui-ci est largement atténué par une certitude : avant même le début de ce concert, on savait déjà que l’on retrouverait Wolves in the Throne Room – en compagnie des excellents Worm et Final Dose – à Vauréal, en novembre, dans des conditions autrement plus propices à la pleine expression de leur art. Et, espérons-le, sans cette canicule de merde. À la revoyure donc ! (Romain Lefèvre)
Comme moi, vous aimez le thrash metal old school des années 80. Oui mais voilà, au Hellfest cette année, c’était un peu la soupe à la grimace dans le genre, avec Anthrax et Crisix exilés sur une Mainstage bouillante, Possessed sur la Altar et c’est à peu près tout. Résultat des courses, il faut se rabattre sur les seconds couteaux grecs de Suicidal Angels pour avoir son complément idoine de riffs breakés et de mosh-attitude. On a beau trouver le chant de Nick Melissourgos un brin lénifiant, les hellènes font correctement le travail avec un thrash mélodique et rapide, à classer plutôt du côté de la filière Bay Area (Testament, Forbidden, Heathen), mais susceptible de trouver par instants une rage plus sourde et lourde typé Slayer ou école allemande (Kreator, Destruction). Bref, un condensé plutôt agréable avec quelques bons passages, mais rien d’extraordinaire non plus. (Laurent Catala)
Si Gehenna est un vétéran de la scène black metal norvégienne – la fameuse seconde vague –, avec une première démo en 1993 et un premier album en 1995, le groupe est toujours un peu passé sous les radars, « la faute à pas de chance », comme on dit. Toujours est-il que le retour au bercail des membres fondateurs Svardalv (basse) et Dire Rep (batterie), aux côtés des indéfectibles Dolgar (guitare, chant) et Sanrabb (guitare, chant), a de quoi piquer la curiosité. D’autant que le dernier album du groupe, Unravel, remonte déjà à 2013 et que ses apparitions sur scène ces dernières années se comptent sur les doigts d’une main (Steelfest 2023, Beyond The Gates 2025). Comme à son habitude, Gehenna fait la part belle aux mid-tempos dépressifs et aux harmonies hantées, dans un set baigné d’un clair-obscur permanent. La tension monte évidemment d’un cran lorsque le quatuor exhume quelques hymnes du passé, à commencer par « Through The Veils Of Darkness », tiré de son légendaire premier album, qui réveille aussitôt le souvenir des grandes chevauchées de Bathory. Peut-être, toutefois, que la chaleur étouffante se prêtait mal à ce black metal sinueux et désenchanté, empêchant sa noirceur venimeuse de s’exprimer pleinement. (Laurent Catala)
Mine de rien, cela faisait un bon moment qu’on n’avait pas vu Eyehategod. Quelques années au moins, et à chaque fois avec cette même question en tête : serait-ce la dernière ? Il faut dire que l’état de santé de Mike Williams a longtemps été particulièrement préoccupant. On se souvient notamment du Roadburn 2015, où l’on ne donnait alors plus très cher de sa peau. Plus de dix ans plus tard, le groupe est pourtant toujours là, et plutôt en forme. On croirait même le chanteur revenu d’entre les morts après être passé tout près de la morgue. Autant dire que ces retrouvailles avec la royauté white trash de Louisiane ont quelque chose de précieux. Avec son mélange habituel de flegme et de rage, Eyehategod livre un set ultra-solide, sans doute l’un des meilleurs qu’il nous ait été donné de voir de sa part, au beau milieu de la fournaise qu’est devenue la Valley en ce dimanche après-midi (un grand merci aux quelques nuages épars qui auront probablement sauvé plus d’un festivalier de l’insolation). Digne représentant du terroir NOLA sludge célébré ce jour-là, le groupe profite d’un son absolument monstrueux. Mike Williams est en voix, Jimmy Bower toujours aussi goguenard et les poches remplies de riffs, tandis que la setlist se révèle tout simplement royale. Peu d’extraits de leur plutôt dispensable dernier album en date, A History Of Nomadic Behavior, si ce n’est son meilleur morceau, « Everything Everyday ». Pour le reste, on est béni par une véritable pluie de classiques : une large rasade de Dopesick (« Dixie Whiskey », « Masters Of Legalized Confusion », « Dogs Holy Life »…), plusieurs titres de l’exceptionnel Eyehategod – notamment les indispensables « Medicine Noose » et « Worthless Rescue », même si l’on en aurait volontiers repris quelques-uns de plus – ainsi qu’une avalanche d’autres incontournables, de « Run It Into The Ground » à « Sister Fucker », sans oublier « Take As Needed For Pain ». Au final, le seul véritable bémol de cette prestation restera d’ordre météorologique, et il nous tarde déjà de les revoir dans des conditions un peu plus clémentes. (Romain Lefèvre)
Les vieux hardos ont eu droit à Deep Purple le jeudi ; les vieux hardcoreux, eux, ont Circle Jerks le dimanche, au rayon des antiquités de qualité. Ce bon vieux Keith Morris, toujours affublé de sa grande casquette vissée sur ses interminables dreadlocks, était déjà venu à Clisson il y a plus de dix ans avec OFF !, mais jamais avec Circle Jerks, reformé en 2019. À 71 ans, le bougre est toujours aussi bavard et ses tirades de vieux punk anar occupent bien un tiers du concert. Le public est clairsemé et n’a plus grand-chose dans le réservoir, mais cela n’empêche pas Morris, accompagné des historiques Greg Hetson (Bad Religion) à la guitare, Zander Schloss (ex-Joe Strummer and the Mescaleros) à la basse et Joey Castillo (Zakk Sabbath, Bl’ast!, The Bronx, ex-Queens Of The Stone Age, Sugartooth, Trash Talk, Danzig…) à la batterie, de livrer une prestation tout à fait solide. Sans surprise, une bonne partie de Group Sex, leur premier album, est passée en revue, de même que plusieurs morceaux de Golden Shower Of Hits. Et, bien sûr, Morris ayant été le tout premier chanteur de Black Flag, Circle Jerks fait le plaisir d’enchaîner trois titres du mythique EP Nervous Breakdown : « Nervous Breakdown », « Wasted » et « Revenge ». Le concert ne restera sans doute pas comme l’un des grands moments de cette édition, mais sachant qu’on n’aura probablement plus 36 000 occasions de revoir Circle Jerks sur scène, on se réjouit d’avoir renoncé à passer l’après-midi à l’ombre pour soutenir la légende Keith Morris et ses acolytes. (Bhaine)

Agnostic Front (c) Romain Ballez
Roger Miret est né à Cuba et vit en Floride. Alors, quand il se plaint de la chaleur, vers 20 h 30, comment voulez-vous que nous, on tienne ? Certes, il approche des 65 ans, porte un pacemaker et ne s’économise pas pendant une heure de concert, mais quand même ! Toujours aussi solides, les doyens du New York Hardcore déroulent une setlist quasiment identique à celle de leur dernier passage à Clisson, en 2022, épaulés par les trois mêmes musiciens – dont l’ancien batteur de Sworn Enemy et l’ancien guitariste d’Only Living Witness et Blood For Blood – qui assurent parfaitement derrière le tandem formé par Miret au chant et Vinnie Stigma. Ce dernier continue d’ailleurs de faire semblant de jouer de la guitare tout en multipliant les poses les plus improbables, pour notre plus grand bonheur. Hormis les quatre morceaux issus de leur dernier album, Echoes In Eternity, dont on retiendra surtout le très réussi et nostalgique « Sunday Matinee », Agnostic Front aligne une nouvelle fois les classiques que tout le monde connaît par cœur, grimaces de Stigma comprises : « The Eliminator », « Victim In Pain », « Old New York », « Gotta Go »… jusqu’à l’inévitable reprise de « Blitzkrieg Bop » des Ramones, qui conclut un concert ayant, peut-être pour la dernière fois, soufflé sur Clisson un peu de l’esprit du mythique CBGB. (Bhaine)
Malgré l’immense excitation suscitée par cette journée entièrement dédiée à la scène de La Nouvelle-Orléans – un véritable fantasme enfin concrétisé après tant d’années de tentatives –, l’appréhension de rôtir sous la journée la plus chaude du week-end est bien réelle. Avec la fatigue accumulée au cours des trois jours précédents, ce dimanche à la Valley s’annonçait comme une épreuve. Il n’en sera finalement rien : ce sera un pur régal. Après la prestation d’Eyehategod, où Mike Williams fait désormais passer Bobby Liebling pour C.C. DeVille tant il paraît abîmé et cadavérique, sorte de version décharnée et maléfique de Cruella, l’arrivée de Pepper Keenan rassure immédiatement. L’homme se porte bien, arbore toujours sa longue chevelure blonde et semble avoir préféré la bonne cuisine cajun aux seringues. Forcément, le son de Corrosion Of Conformity apparaît bien plus propre que celui de ses prédécesseurs – et néanmoins amis –, dans un registre davantage ancré dans un hard rock sudiste que dans le sludge à proprement parler. Cela n’empêche pas Keenan d’ouvrir les hostilités en mode punk, avec un tonitruant : « Fuck the rules, fuck the system… and fuck you! » Il s’agit ce jour-là de la dernière date de la tournée européenne de C.O.C., qui confirme sur scène toutes les qualités de son dernier album, Good God/Baad Man, correctement représenté tout au long d’un concert d’une heure. Plus propre dans la forme, certes, mais toujours aussi rock’n’roll, même si l’on est loin de la pestilence revendiquée par certains de leurs camarades louisianais. Le groupe groove parfois avec une aisance qui rappelle Clutch, notamment sur l’excellent « Who’s Got The Fire », sans jamais oublier ses racines avec l’incontournable « Vote With A Bullet », extrait du culte Blind. Les amateurs du Corrosion Of Conformity période stoner sont également comblés grâce aux généreux extraits du chef-d’œuvre Deliverance, dont les incontournables « Albatross » et « Clean My Wounds », évidemment très attendus. Si l’on avait été franchement déçu par leur prestation en demi-teinte à Petit Bain, à Paris, il y a trois ans, ce très beau concert – pourtant assuré avec seulement deux de ses membres historiques – s’impose sans difficulté parmi les meilleurs du week-end. (Jean-Charles Desgroux)
Cela fait toujours quelque chose de voir Jeff Becerra arriver sur scène dans son fauteuil roulant. Même si le chanteur de ce qui demeure, techniquement, le premier groupe de death metal de l’histoire – avec la sortie de Seven Churches en 1985, précédée un an plus tôt de la démo Death Metal – affiche une voix plus éraillée qu’à l’accoutumée en cette chaude après-midi sous l’Altar, son charisme s’impose rapidement et guide ses musiciens dans une déferlante de violence parfaitement maîtrisée. Que les fans se rassurent, ses acolytes sont eux aussi au rendez-vous. Le fringant Chris Aguirre fait rapidement oublier son prédécesseur Emilio Marquez grâce à ses roulements de toms dignes d’un Gene Hoglan, qui illuminent l’introductif « The Heretic », tandis que les guitares de Daniel Gonzalez cinglent sans relâche les assauts de « Satan’s Curse ». Un titre de Seven Churches, un autre de Beyond The Gates : le ton est donné. Et même si Becerra est désormais le dernier survivant du Possessed originel, l’efficacité du groupe reste intacte tout au long d’un concert mené sans le moindre temps faible. (Laurent Catala)
Propulsé par quelques bonnes âmes – ou bonnes poires, selon le crédit qu’on leur accorde – au rang de groupe le plus sulfureux de cette édition 2026, les Suédois de Marduk n’en ont évidemment cure. Ils investissent la Temple avec une nouvelle formation et livrent une démonstration de leur Panzer Division, autrement dit un black metal primaire mené en mode blitzkrieg. Le bassiste Simon W. accompagne désormais le guitariste Morgan et le chanteur Mortuus, les deux piliers de la formation. Comme toujours, il n’est pas question de plaisanter, et les temps morts attendront. La setlist balaie presque toute la discographie du groupe, comme pour boucler la boucle : elle s’ouvre sur le punkisant « Werewolf », extrait de leur avant-dernier album Viktoria, toutes sirènes hurlantes dehors, et se referme sur l’antédiluvien « Wolves », tiré de Those of the Unlight, leur deuxième album paru en 1993. Vous avez du mal à respirer ? Ne comptez pas sur Marduk pour vous tendre un masque à gaz : ça pilonne sévèrement de tous les côtés, et les déflagrations supersoniques de « Baptism by Fire », issu de l’inusable Panzer Division Marduk, sont là pour rappeler qu’il n’y aura aucun quartier. C’est finalement avec un morceau comme « Shovel Beats Sceptre », extrait de Memento Mori, leur dernier album en date, que les Scandinaves lèvent légèrement le pied, en adoptant un tempo plus lent. Une accalmie toute relative, tant cette lourdeur nouvelle n’en demeure pas moins implacable et dévastatrice. (Laurent Catala)

Acid Bath (c) Romain Ballez
Il y a des concerts que l’on attend quelques mois. D’autres, plusieurs décennies. Le retour d’Acid Bath appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Dès la fin de la prestation de Corrosion Of Conformity, les plus déterminés se massent contre les barrières de la Valley. Nous sommes de ceux-là. Premier rang, au plus près de cette reformation que beaucoup n’osaient plus espérer. L’émotion est déjà palpable avant même que le groupe n’entre en scène. Puis les premières notes de « Black Sabbath » résonnent dans les enceintes. Difficile d’imaginer meilleure introduction. Quelques instants plus tard, les musiciens prennent place et lancent « Tranquilized ». Lorsque Dax Riggs apparaît enfin, la Valley exulte. Son arrivée est accueillie comme celle d’un messie revenu d’entre les morts et, très vite, une évidence s’impose : la magie est intacte. La prestation est tout simplement irréprochable. Dax Riggs chante avec une justesse et une intensité bouleversantes. Plus impressionnant encore, il affiche une assurance bien supérieure à celle des premières prestations américaines de la reformation, l’an dernier. Vient ensuite « Bleed Me an Ocean », sans doute l’un des plus grands chefs-d’œuvre du groupe. Suspendu à chacune des inflexions de Riggs, le public assiste à une démonstration vocale d’une élégance rare. Un incident technique vient brièvement interrompre le concert lorsqu’un amplificateur rend l’âme, victime de la chaleur écrasante. Loin de casser la dynamique, cette courte interruption ne fait qu’accroître l’impatience. Le groupe revient avec « Venus Blue » et, instantanément, l’émotion reprend le dessus. Difficile de retenir quelques larmes devant un morceau aussi magnifique, interprété avec une sincérité désarmante. La suite ressemble à un rêve éveillé. « Dead Girl », « New Death Sensation », « Graveflower »… chaque titre est accueilli comme un trésor retrouvé. Puis vient un « Paegan Love Song » absolument monumental, où toute la noirceur poétique d’Acid Bath s’exprime dans un équilibre parfait entre violence et mélancolie. À cet instant, plus personne ne regarde autour de soi. Toute la Valley semble suspendue aux moindres gestes de Dax Riggs et aux riffs de Sammy Pierre Duet. Le groupe choisit finalement de conclure avec « The Blue ». Un choix parfait. Les dernières notes s’évanouissent lentement, tandis que personne n’ose réellement applaudir dans l’immédiat, comme si rompre le silence revenait à briser quelque chose de précieux. Les regards se croisent, les sourires se mêlent aux visages encore incrédules, et une question traverse inévitablement les esprits : après avoir vécu un moment d’une telle intensité, que peut-il encore se passer ? Acid Bath ne signe pas seulement le concert du week-end. Le groupe offre une parenthèse d’une beauté bouleversante, un instant suspendu où la musique dépasse largement le simple cadre d’une prestation live. Sublime, magnifique et profondément touchant. (Pierre-Antoine Riquart)

Acid Bath (c) Romain Ballez
Quoi de mieux que les maîtres incontestés de la saga black metal nordique, Mayhem, pour conclure les hostilités sur la Temple de cette édition 2026 du Hellfest ? Si Attila Csihar se montre cette fois plutôt sobre dans une tenue très cérémoniellement black metal, le groupe prouve qu’il reste, à bien des égards, le leader incontesté du genre. Sans doute parasité par les nuisances sonores du pénible concert de The Offspring, qui se déroule à quelques encablures, le show évolue dans une tension presque palpable. Celle-ci finit d’ailleurs par atteindre son paroxysme lorsque le groupe quitte la scène quelques minutes avant la fin. Depuis son micro, comme un cri lancé d’outre-tombe, le batteur Hellhammer signale un problème technique qui mobilise aussitôt ses comparses, figés un instant comme un piquet de grève campé sur ses revendications. Cet incident reste toutefois une parenthèse dans un concert aussi incandescent que chaotique, où se télescopent les classiques des premiers temps – largement majoritaires – et des morceaux plus récents. Trois titres de Liturgy of Death, leur dernier album, trouvent ainsi leur place dans la setlist, dont le virevoltant « Life Is a Corpse You Drag » et le plus théâtral « Realm of Endless Misery », chargé d’ouvrir les hostilités. Toujours est-il que dans ce désordre savamment orchestré, qui semble peu à peu se déliter au fil des minutes, ce sont les hymnes punk-metal des débuts qui emportent tout sur leur passage. « Deathcrush », « Carnage » puis un « Pure Fucking Armageddon » proprement apocalyptique – trois morceaux issus du séminal Deathcrush – conduisent le public jusqu’aux confins de l’apothéose. The Trve Mayhem, encore et toujours. (Laurent Catala)
Bon, voilà : cela s’est joué à très peu entre Slift et Mastodon, mais, de notre côté, la palme du meilleur concert du Hellfest 2026 revient définitivement à Down. Habitué des planches de la Valley, le supergroupe louisianais ne s’y était plus produit depuis 2022. L’arrivée imminente d’un quatrième album, conjuguée à la forme retrouvée de Phil Anselmo, qui semble désormais prendre davantage soin de lui depuis son retour au premier plan avec Pantera, a fait grimper l’excitation d’un cran. D’autant que cette incarnation idéale de l’esprit du Sud, associée à son statut de tête d’affiche, confère plus que jamais au groupe une stature de patron incontestable. C’est sur « Lysergik Funeral Procession », extrait du trop rare Down II : A Bustle in Your Hedgerow, que Jimmy Bower et Pepper Keenan investissent la scène, accompagnés de Kirk Windstein et Pat Bruders, bientôt rejoints par un Anselmo affûté, toujours pieds nus… et surtout en pleine possession de ses moyens vocaux. Autant le dire tout de suite : de tous les concerts de Down vus depuis celui du Bataclan en avril 2008, celui-ci est sans doute le plus impressionnant, aussi bien par sa maîtrise que par la qualité de son rendu. De mémoire de fan de stoner et de heavy metal, rarement une sonorisation aura semblé aussi colossale. La rythmique, les guitares jumelles et les riffs prennent une épaisseur presque physique, sans jamais sacrifier la moindre once de définition. Une telle démonstration place immédiatement la barre à un niveau qu’il sera désormais difficile d’accepter inférieur. Dans la douceur relative de cette nuit d’été, tout paraît simplement parfait. Fort d’une telle domination, Down peut alors se faire plaisir… et combler son public. Le groupe déroule presque intégralement NOLA, son premier chef-d’œuvre. Dès le deuxième morceau, « Lifer », dédié comme il se doit à Dimebag Darrell, Vinnie Paul et Ozzy Osbourne, la Valley bascule. S’enchaînent ensuite « Hail the Leaf », « Ghosts Along the Mississippi » – unique représentant du deuxième album avec « Lysergik Funeral Procession » – puis un « Pillars of Eternity » d’une violence sidérante, ce genre de morceau où l’on perd toute notion de contrôle. « Temptation’s Wings », « Losing All », « Swan Song », « Rehab », « Stone the Crow », « Eyes of the South » : redécouverts dans de telles conditions sonores, ces classiques plongent la foule dans une véritable transe, partagée entre fascination et sidération. Beaucoup semblent abasourdis par la puissance de ce son massif, capable d’écraser sans jamais brouiller le moindre détail. Sur scène, les musiciens prennent manifestement un plaisir immense, célébrant autant leurs retrouvailles que l’arrivée imminente d’un nouveau chapitre. Anselmo laisse même planer, l’espace d’un instant, l’espoir d’un morceau inédit… avant de faire durer le suspense jusqu’à la sortie du disque. Sans surprise, c’est enfin « Bury Me in Smoke » qui vient clore les débats. Comme le veut la tradition, Down invite progressivement ses amis sur scène, chacun prenant la place d’un musicien tandis que CE riff magique tourne encore et encore, jusqu’à l’hypnose. L’esprit de famille propre à cette scène consanguine de La Nouvelle-Orléans prend alors tout son sens, sans la moindre pose, célébrant un patrimoine commun placé sous le haut patronage de Black Sabbath. Exsangue mais heureux, c’est surtout hébété que l’on quitte cette Valley qui aura tenu toutes ses promesses. Down s’impose finalement comme le grand vainqueur de cette édition 2026, avec la sensation rare d’avoir assisté, tout simplement, au concert parfait, avant de regagner les allées du festival sur les notes, comme le veut la tradition, de « Stairway to Heaven ». (Jean-Charles Desgroux)
Jeudi 18 juin
Vendredi 19 juin
Samedi 20 juin

(c) Romain Ballez





