[Report] Hellfest 2026 (vendredi 19 juin)

Mourir (c) Romain Ballez

De retour en Terre Sainte pour la dix-huitième fois (voilà qui ne nous rajeunit pas), on entame ce nouveau « voyage en terrain connu » par… Mourir. Certes, on aurait préféré vivre un peu plus vieux, et au moins avoir le temps de voir Acid Bath dimanche avant de calancher ! Malheureusement, les Toulousains de Mourir en ont décidé autrement. Déjà vus lors de quelques Frozen Fest, on apprécie tout particulièrement leur vision aussi radicale que personnelle du black metal, loin de la pompe peinturlurée des grands anciens, mais qui n’a globalement rien à leur envier en matière de malfaisance. Noisy, tortueux, n’hésitant pas à pousser la dissonance jusqu’à vous vriller les tympans, le black metal de Mourir est d’une implacable noirceur, quelque part entre Sordide, Portrayal Of Guilt et Plebeian Grandstand. En ce beau et déjà très chaud matin de juin, le groupe livre une prestation particulièrement solide devant une Temple logiquement encore clairsemée à cette heure, mais rapidement conquise par la forte identité qui se dégage de sa musique. (Romain Lefèvre)

En toute honnêteté, nous ne sommes pas forcément les plus grands fanatiques du death metal des quatre Brésiliennes de Crypta. Un peu thrashy, assez mélodique, voire même un brin générique, leur musique correspond assez bien à l’idée que l’on se fait d’un groupe signé chez la grosse écurie autrichienne Napalm Records (qui abrite aussi quelques belles pépites, cela dit). Elle évoque en effet une sorte de croisement, certes bien construit, mais relativement passe-partout, entre The Black Dahlia Murder, Vader et Arch Enemy. Reconnaissons toutefois que leurs deux albums sont solides et efficaces, sinon géniaux, et qu’ils renferment même quelques vrais tubes, à commencer par « Lords Of Ruins ». Saluons également – c’est important – l’immense talent et l’abnégation qu’il a fallu à ces quatre jeunes femmes (dont deux anciennes membres de Nervosa, autre formation extrême brésilienne à succès) pour se faire une place au sein d’une scène qui n’a jamais été particulièrement accueillante envers les femmes. À l’issue de ce concert, on pourra ajouter à leurs qualités une véritable maîtrise de la scène. Techniquement irréprochables, pleines de présence, de charisme et d’énergie, Crypta, « c’est carré », comme dirait Jonluk. Malgré la touffeur de l’Altar, les quatre queens de São Paulo dégagent une assurance tranquille et déroulent sans difficulté un set parfaitement équilibré, s’attirant les faveurs d’un public nombreux et manifestement bienveillant – aucun abruti ne hurlant « À poil ! » à l’horizon, ce qui mérite d’être souligné. Obrigado, senhoras ! (Romain Lefèvre)

L’histoire de Decapitated est singulière, jalonnée d’épisodes tantôt légendaires (deux premiers albums majeurs du death européen, enregistrés alors que le groupe affiche à peine 16 ans de moyenne d’âge), tantôt dramatiques (la disparition, à seulement 23 ans, du batteur Vitek, frère du guitariste fondateur Vogg), tantôt carrément sulfureux (une très sombre affaire de viol collectif présumé lors d’une tournée américaine en 2017, dont il est toutefois factuel de rappeler que les poursuites furent abandonnées quelques semaines plus tard). Au bout de trente ans d’une carrière particulièrement mouvementée, Vogg est désormais le seul membre fondateur encore présent et a réuni un énième line-up pour célébrer cet anniversaire. Artistiquement, c’était un rendez-vous incontournable pour tout amateur de death metal européen des années 90. Car si la production récente du groupe est difficilement comparable à ses plus grandes heures, la perspective d’entendre enfin « Spheres Of Madness » en live était tout simplement irrésistible. Et mazette, aucun regret. Techniquement monstrueux, porté par un son massif et un chanteur certes poseur à souhait, mais autrement plus technique et charismatique que « Rasta » Piotrowski, Decapitated roule littéralement sur l’Altar. Malgré une place importante accordée à Cancer Culture, le set balaie l’ensemble de la discographie sans oublier les débuts mythiques. « Visual Delusion », « Winds Of Creation » et surtout « Spheres Of Madness » – l’un des plus grands morceaux de l’histoire du death metal – sont interprétés de manière irréprochable. Impossible, en revanche, de vous raconter la suite. À cet instant précis, nous avons perdu toute lucidité, balancé notre sac par terre et foncé nous faire avoiner dans le pit. Le reste demeure assez flou, mais il faut bien reconnaître une très large victoire de la Pologne sur la France : 404 à 0. (Romain Lefèvre)

On ne vous fera pas l’affront de vous demander si vous connaissez Blood Incantation. Le groupe est devenu, si ce n’est le groupe de death metal le plus hype de ces dernières années, au moins l’un des tout premiers auxquels on pense. Déjà porté par une solide cote d’amour grâce à un début de carrière irréprochable – Starspawn et Hidden History Of The Human Race sont indispensables dans toute discothèque death digne de ce nom –, le quatuor de Denver mené par le débonnaire Paul Riedl, alias le Gérard Jugnot des musiques extrêmes, a définitivement changé de dimension avec Absolute Elsewhere en 2024. Un ovni de death prog convoquant aussi bien Gorguts que Pink Floyd ou Tangerine Dream. Un disque immense, loin de faire l’unanimité parmi les puristes, mais dont le succès mondial a propulsé Blood Incantation dans une autre catégorie : tournées en tête d’affiche, grands festivals… En deux ans, le groupe est devenu incontournable. Rien d’étonnant, donc, à le retrouver en clôture de l’Altar avec un set désormais bien rodé : Absolute Elsewhere joué intégralement, suivi d’un ou deux morceaux issus du reste de la discographie. Pas grand-chose à redire sur cette première partie. C’est la troisième fois que nous voyons le groupe, et il maîtrise son sujet à la perfection. Seul petit bémol : un son un peu moins convaincant qu’à l’Élysée Montmartre en mai 2025, ainsi qu’un public moins recueilli et moins connaisseur. Horaire et contexte festif obligent, il faut composer avec les conversations de quelques poivrots du metal, manifestement un peu perdus devant ce qui se déroule sous leurs yeux. Le groupe, lui, évolue en état de grâce et interprète « The Stargate » comme « The Message » avec une maîtrise impressionnante. Restait une question : quel morceau allait occuper le dernier quart d’heure ? À Paris, nous avions eu droit à « Inner Paths (To Outer Space) », mais aussi – ô joie – à l’exceptionnelle « Obliquity Of The Ecliptic », extraite de Luminescent Bridge, formidable passerelle entre Hidden History Of The Human Race et Absolute Elsewhere. Cette fois, joie renouvelée : Blood Incantation conclut son passage avec « Vitrification Of Blood (Pt. 1) », mastodonte de treize minutes ouvrant Starspawn en fanfare et premier coup de foudre de nombreux fans avec le groupe, il y a déjà dix ans. Longuement ovationné, le quatuor s’attarde quelques instants sur scène avant de quitter l’Altar sous les vivats. Et l’on se dit qu’il est décidément rassurant de voir la scène death pouvoir encore compter sur des hérauts de cette trempe. On attend déjà avec impatience la suite de leurs aventures cosmiques. (Romain Lefèvre)

Conjurer (c) Romain Ballez

En début d’après-midi, le soleil cogne sans relâche sur la Valley. Sous une chaleur étouffante, le public encaisse les degrés avec la même détermination que les riffs de Conjurer. Les Britanniques, eux, n’en ont cure et livrent l’une des prestations les plus impressionnantes de cette journée. Dès les premières mesures de « All Apart », le groupe érige un mur de son colossal où sludge, post-metal et hardcore se mêlent avec une remarquable fluidité. La puissance est phénoménale, sans jamais sacrifier la précision. Le chant de Dan Nightingale, aussi convaincant dans les hurlements que dans les passages clairs, impressionne par sa maîtrise. Chaque accélération, chaque rupture rythmique, chaque montée en tension est exécutée avec une rigueur irréprochable. Conor Marshall fascine toujours autant avec ses headbangs en mode ventilateur qui semblent ne connaître aucune limite. Ses vertèbres sont probablement faites d’élastomère. Plus globalement, c’est toute la cohésion du quatuor qui frappe, tout comme sa capacité à faire respirer des compositions pourtant d’une densité extrême. Nous avons beau assister à notre quatrième concert du groupe en moins d’un an, le plaisir reste intact. Au terme d’un set largement consacré à Unself, une évidence s’impose : Conjurer a franchi un véritable cap sur scène. D’une puissance rarement prise en défaut, techniquement irréprochable et porté par une intensité constante, le quatuor britannique signe l’un des grands moments de la Valley ce vendredi. (Pierre-Antoine Riquart)

C’est avec une certaine émotion que nous rejoignons la Main Stage 2 en ce milieu d’après-midi pour assister à ce qui est annoncé comme le dernier concert de Sepultura – du moins dans cette formation – en France. Cette tournée d’adieu, entamée fin 2024, laissait espérer à beaucoup de fans une rétrospective largement consacrée aux classiques. L’ouverture avec « Inner Self » semble aller dans ce sens, même si le son se révèle d’abord particulièrement brouillon. La surprise est donc réelle lorsque les Brésiliens enchaînent avec « All Souls Rising », extrait de leur dernier EP, The Cloud Of Unknowing. Le rendu sonore s’améliore progressivement et le morceau fonctionne plutôt bien en live, même si plusieurs détails restent noyés dans un mix encore imparfait. Le groupe ne ménage cependant pas ses efforts. Derrick Green harangue sans relâche le public tandis qu’Andreas Kisser multiplie les riffs avec une énergie et une précision intactes. Après « Kairos » et « Attitude », Sepultura revient pourtant une nouvelle fois à The Cloud Of Unknowing avec « The Place ». Aussi bien interprété soit-il, le morceau fait retomber la tension et pousse une partie du public à décrocher. La suite confirme cette volonté de mettre en avant les compositions les plus récentes. Sur « Kaiowas », le groupe invite sur scène les représentants de l’ONG Savage Lands, Dirk Verbeuren (Megadeth) et Sylvain Demercastel (ex-Artsonic), avant de poursuivre avec « Beyond The Dream ». Ce titre mid-tempo, inconnu pour une grande partie de l’assistance, achève de décourager certains spectateurs, même s’il met parfaitement en valeur les qualités vocales de Derrick Green. Lorsque retentissent enfin « Refuse/Resist », « Arise » et « Roots », une partie de la foule a déjà quitté les lieux. Dommage, car les plus patients – ou les plus curieux – sont largement récompensés. Malgré une setlist qui ne fera pas l’unanimité et un début de concert perturbé par un son hésitant, Sepultura quitte la scène sous une ovation méritée. Un ultime rendez-vous français sincère, porté par un groupe qui joue toujours avec autant de cœur que de maîtrise. (Pierre-Antoine Riquart)

La présence d’Opeth sur une Main Stage du Hellfest a toujours de quoi surprendre. Coincé entre Helloween et Iron Maiden, le groupe suédois risque forcément de dérouter une partie d’un public davantage venu célébrer le heavy metal traditionnel. Une inquiétude que Mikael Åkerfeldt ne cache d’ailleurs pas, interrogeant à plusieurs reprises les spectateurs pour savoir s’ils connaissent Opeth… ou s’ils attendent simplement le début du concert de la Vierge de Fer. Les premières minutes peinent effectivement à décoller. La faute à un son encore brouillon qui étouffe une partie des subtilités du groupe, mais aussi à une prestation qui semble chercher son rythme. Puis, progressivement, la machine se met en route. Une fois les réglages trouvés, Opeth retrouve toute sa superbe. Les contrastes entre envolées aériennes et déflagrations death metal reprennent toute leur ampleur, aussi bien sur les morceaux de The Last Will And Testament que sur « The Grand Conjuration », extrait de Ghost Reveries. Comme toujours, les musiciens affichent une maîtrise instrumentale hors du commun, confirmant pourquoi Opeth demeure l’une des références absolues du metal progressif. Entre les morceaux, Mikael Åkerfeldt occupe tout autant le devant de la scène. Fidèle à sa réputation, il multiplie les plaisanteries avec son habituel humour pince-sans-rire, provoquant régulièrement les rires du public. Son anecdote sur son batteur, qui a bien failli embarquer pour Oslo au lieu de Nantes, apporte une respiration bienvenue entre deux compositions particulièrement exigeantes. À mesure que le concert progresse, l’intensité monte encore d’un cran. Les émotions culminent avec « The Drapery Falls », sommet de Blackwater Park, repris en chœur par une partie du public. Après un démarrage hésitant, Opeth renverse complètement la situation et signe finalement l’un des concerts les plus élégants du week-end. (Pierre-Antoine Riquart)

Slift (c) Romain Ballez

Il faut parfois attendre la scène pour prendre pleinement la mesure d’un groupe. Quelques semaines après la sortie de Fantasia, les Toulousains de Slift viennent défendre leur nouvel album en avant-dernière prestation de cette deuxième journée sur la Valley. Très vite, la scène affiche complet et les retardataires doivent se masser à l’extérieur tant la foule se presse pour assister au concert des maîtres français du rock progressif psychédélique. Le trio ouvre logiquement avec le morceau-titre de Fantasia. Plus directes et plus immédiatement mémorables que celles d’Ilion, ces nouvelles compositions prennent sur scène une dimension encore plus vertigineuse. Les trois morceaux suivants, eux aussi issus du nouvel album, confirment que Slift a franchi un cap. Les explosions soniques et les envolées cosmiques qui irriguent Fantasia surpassent celles d’Ilion comme d’Ummon, tandis que chaque transition semble couler de source. L’autre évolution majeure concerne le chant. Longtemps relégué au second plan, il occupe désormais une place centrale, dans une approche qui évoque parfois King Crimson, et cette ambition se révèle parfaitement maîtrisée en concert. Le son contribue pleinement à cette réussite : puissant sans jamais être écrasant, précis malgré la densité des arrangements, il laisse respirer chaque instrument. Les guitares dessinent d’interminables spirales hypnotiques pendant que la basse et la batterie bâtissent une assise monumentale. Impossible de résister à cette déferlante sonore qui transforme peu à peu la Valley en voyage sensoriel. Les trois musiciens jouent avec une intensité permanente, déployant une énergie sidérante sans jamais compromettre une exécution technique irréprochable. En retour, le public oscille entre contemplation et headbangs frénétiques. Surtout, Slift donne l’impression de suspendre le temps. Le concert s’écoule sans le moindre temps mort et atteint son apogée avec le grandiose « The Day Of Execution », avant un final somptueux sur « Secret Mirror ». Difficile, à ce stade du festival, d’imaginer beaucoup de prestations capables de rivaliser avec une telle démonstration. Magistral. Et sans doute l’un des très grands concerts de ce Hellfest 2026, si ce n’est le plus marquant. (Pierre-Antoine Riquart)

Die Spitz (c) Romain Ballez

On a d’abord l’air un peu couillon lorsqu’on réalise que Die Spitz ne se prononce finalement pas à l’allemande, mais bien à l’américaine. Une chose est sûre, en revanche : vu l’engouement que suscite le quatuor, perceptible un peu partout sur le site, la curiosité d’aller juger sur pièce est bien réelle. Les échos glanés çà et là chez quelques confrères avaient attisé notre intérêt. Pourtant, à la première écoute, l’album s’était révélé plutôt décevant. Et malgré plusieurs tentatives, rien n’y faisait. Restait donc l’épreuve du feu : la scène. C’est avec un certain sourire que l’on accueille ces quatre très jeunes Texanes, quelque part entre des baby-L7 et les héritières d’un grunge encore adolescent. Posté juste devant Kate Halter, une bassiste que l’on imaginerait plus facilement au casting d’une série Disney qu’en fugue d’un foyer de la banlieue de Dallas, on apprécie immédiatement son naturel, son enthousiasme et son énergie communicative. Autour d’elle, ses comparses aux looks délicieusement 1993 délivrent un punk rock grungy aux multiples visages. Les trois autres musiciennes se partagent le chant, passant d’accents pop rock à des éructations franchement sludge du côté de la guitariste — également batteuse à ses heures. Tout n’est pas encore parfaitement en place. Le concert demeure parfois maladroit, manque parfois d’unité, mais déborde d’une énergie juvénile qui emporte facilement l’adhésion. Impossible, d’ailleurs, de ne pas penser à une version plus sage des Babes In Toyland. Dans le pit, l’ambiance devient rapidement euphorique. Les morceaux, certes peu originaux, déclenchent une joyeuse pagaille… jusqu’à cette improbable bataille de poireaux volants en plein cœur de la Warzone. Si l’on avait manqué leur passage à la Maroquinerie quelques semaines plus tôt, cette séance de rattrapage valait largement le détour. Rien de révolutionnaire, certes, mais suffisamment de fraîcheur, de sincérité et de conviction pour réconcilier les plus sceptiques avec le buzz entourant le groupe… et donner envie de remettre le disque dans le lecteur. (Jean-Charles Desgroux)

Arrivés trop tard sur le site l’an dernier, les Ukrainiens de Stoned Jesus avaient finalement trouvé refuge, au pied levé, sous le chapiteau de la Purple House, au cœur du Metal Corner. Cette fois, c’est bien sur la Valley – où leur musique semble chez elle – qu’ils viennent imposer leur présence. L’un des groupes les plus passionnants de la scène stoner actuelle savoure son entrée sous les acclamations d’un public mêlant fidèles, connaisseurs et simples curieux. Dès « New Dawn », asséné avec une puissance impressionnante, la cause semble entendue. Le trio défend notamment trois morceaux de Songs To Sun, premier volet d’une trilogie largement salué, dont la suite, Songs To Moon, est déjà annoncée pour septembre, précédée du single « Under The Skin ». Sans jamais forcer le trait, Igor Sydorenko séduit immédiatement son auditoire. Charismatique, drôle, chaleureux, le chanteur-guitariste mène son groupe avec une assurance tranquille qui finit de convaincre les derniers sceptiques. Puis vient « I’m The Mountain ». Cette longue odyssée, épique et contrastée, suffit à elle seule à rappeler pourquoi Stoned Jesus compte aujourd’hui parmi les formations les plus respectées de la scène stoner internationale. Dhuze dyakuyu !!! (Jean-Charles Desgroux)

À peine le concert de Slift s’achève-t-il dans cette apothéose d’une heure de heavy psychédélique en perpétuelle montée de tension que l’on s’enflamme déjà, persuadé d’avoir trouvé le concert du Hellfest 2026. Mais il est toujours dangereux de s’emballer aussi vite lorsqu’une poignée de minutes plus tard, Mastodon s’apprête à investir cette même Valley, avec toutes les armes nécessaires pour lui contester ce titre. On s’étonne encore de voir les Américains ouvrir pour Anthrax sur quelques dates de province quelques jours plus tard. À ce stade de leur carrière, on les imaginerait volontiers installés un cran plus haut dans la hiérarchie, voire sur une Main Stage. Mais on ne peut finalement que se réjouir de les retrouver « à la maison », sur cette Valley presque intime qui n’a pourtant rien à envier aux scènes principales – exactement là où l’on aurait rêvé de voir Queens Of The Stone Age il y a deux ans. L’électricité est palpable. Les fans d’Atlanta attendent leurs héros avec une excitation difficilement contenue. Privé de Brent Hinds, élément majeur de son identité, Mastodon compense pourtant cette perte par une forme insolente, un son mo-nu-men-tal et une setlist remarquablement équilibrée, faisant la part belle à vingt ans de classiques. Nick Johnston n’a évidemment ni le charisme ni la personnalité de son prédécesseur. Très en retrait, presque effacé, il remplit néanmoins sa mission avec un professionnalisme irréprochable. Il faudra faire le deuil de Brent Hinds – à tous les niveaux – mais le concert, lui, ne souffre d’aucune faiblesse. Les hymnes s’enchaînent sans le moindre temps mort, chaque introduction déclenchant une nouvelle vague d’enthousiasme. Si Troy Sanders paraît parfois un peu à court de souffle dans ses habituels rugissements, impossible en revanche de ne pas saluer l’impressionnante prestation de Brann Dailor. Plus en forme que jamais, le batteur-chanteur livre sans doute l’une de ses meilleures performances vocales, notamment sur un morceau aussi exigeant que « More Than I Could Chew ». L’ambiance est évidemment aussi brûlante que passionnée sur « The Motherload » ou « Crack The Skye », et ne retombe pas davantage lors de la découverte de « Your Ghost Again », premier aperçu du prochain album. Puis arrive « Blood & Thunder ». Comme toujours. Comme attendu. Et comme toujours, plusieurs milliers de freaks explosent dans une même déflagration collective. Concert du Hellfest 2026 ? Il est encore un peu tôt pour le dire… (Jean-Charles Desgroux)

Point Mort (c) Romain Ballez

On attendait énormément la prestation de Point Mort à la Warzone, et le moins que l’on puisse dire, c’est que nous n’avons pas été déçus. Très loin de là. Les Parisiens, auteurs l’an dernier d’un dsecond album absolument é-pous-tou-flant, investissent une scène ornée de bouquets de fleurs qui tranchent avec l’esthétique habituelle des lieux, rappelant au passage le concert de Faith No More en 2015. Un peu de douceur dans ce monde de brutes ? Pas vraiment. Car si les compositions en montagnes russes de Point Mort savent ménager de précieux instants d’accalmie, c’est toujours pour mieux repartir de plus belle à coups de blasts assassins et de riffs punitifs. En revisitant leurs deux albums, les cinq musiciens déroulent une musique brassant une multitude d’influences – hardcore chaotique, thrash, crust, metal progressif, death metal, screamo… – sans jamais donner l’impression de juxtaposer les genres. Contre toute attente, la greffe prend parfaitement. Malgré une densité impressionnante, tout s’enchaîne avec une fluidité déconcertante, comme si cette musique ne pouvait exister autrement. Mais si Point Mort impressionne déjà sur le plan instrumental, c’est bien sa chanteuse, Sam, qui capte tous les regards. On se demandait comment elle parviendrait à reproduire sur scène les performances entendues sur disque, passant avec une facilité déconcertante d’un chant limpide à des growls démoniaques. Le doute ne résiste pas longtemps. Dès les premiers morceaux, la frontwoman balaie toutes les interrogations grâce à une prestation aussi puissante que maîtrisée, laissant l’assistance admirative. Le public ne s’y trompe pas. Il réserve un accueil particulièrement chaleureux au groupe et accompagne avec ferveur un concert à la fois d’une rare agressivité et d’une virtuosité impressionnante. Euphorisant de bout en bout, le show s’achève sous une pluie de confettis (!), tandis que les musiciens viennent saluer les premiers rangs en distribuant les bouquets qui ornaient la scène. Point Mort, point d’orgue du festival à n’en pas douter. (Bertrand Pinsac) 

Point Mort (c) Romain Ballez

Direction la Valley à 19 h 30 pour découvrir ce que Loathe vaut réellement sur scène. Formation aussi clivante que fascinante, le quintet britannique ratisse particulièrement large sur le plan musical. Définir son univers revient à convoquer des styles rarement appelés à cohabiter : metal progressif, metalcore, shoegaze, nu metal, sludge… et bien d’autres encore. Au fil des morceaux, toutes ces influences se mélangent pourtant avec une étonnante fluidité. Les amateurs de Deftones y trouvent leur compte autant que ceux qui apprécient les envolées mélodiques du Dillinger Escape Plan période Puciato. La Valley affiche d’ailleurs une belle affluence, entre fidèles et simples curieux venus assister à un concert qui ne cesse de surprendre. D’un morceau à l’autre – parfois même au sein d’une seule et même composition – Loathe passe d’un registre à un autre avec une aisance déconcertante. Sur le papier, l’équation paraît casse-gueule. En pratique, elle fonctionne admirablement. Le groupe peut notamment compter sur deux chanteurs aux timbres distincts mais parfaitement complémentaires, capables de s’adapter à toutes les nuances de son répertoire. À cela s’ajoute une maîtrise instrumentale irréprochable qui permet d’enchaîner sans la moindre difficulté les séquences les plus abrasives et les passages les plus éthérés. Résultat : impossible de décrocher une seule seconde durant ce concert aussi déroutant que captivant. Le plaisir est manifeste, aussi bien dans le public que sur scène, où les musiciens affichent un large sourire tout au long du set et semblent savourer chaque instant. Une excellente surprise, d’autant plus appréciable que Loathe ne figurait pas parmi les groupes que nous attendions le plus ce vendredi. (Bertrand Pinsac)

Si le dernier album des Américains de La Dispute ne nous a que moyennement convaincus, on sait en revanche le groupe redoutable sur scène, capable d’embarquer son public dans un grand élan collectif. L’attente est palpable parmi les nombreux spectateurs, dont beaucoup gardent encore en mémoire les prestations de Defeater l’an dernier ou de Touché Amoré, il y a quatre ans, au même endroit. Accueilli avec enthousiasme, le quintette du Michigan ouvre son concert avec les deux premiers morceaux de son dernier album. Première bonne surprise : ils gagnent considérablement en intensité sur scène. L’instrumentation renforce encore la tension permanente qui caractérise la musique du groupe, tandis que Jordan Dreyer arpente la scène sans relâche. Son énergie presque juvénile contraste avec la noirceur des textes qu’il déclame, ceux d’un véritable écorché vif. Aussi galvanisante soit-elle, la prestation ne cherche jamais à réconforter. Personne n’est là pour rire. Pourtant, jamais l’atmosphère ne devient pesante. Réceptif et pleinement investi, le public accompagne chaque montée en puissance, entre bousculades, chants et mouvements de foule. La Dispute continue d’équilibrer avec une remarquable maîtrise ses déflagrations post-hardcore, ses respirations indie et post-rock, ainsi que son spoken word si caractéristique. L’exercice est périlleux, mais les Américains ne flanchent jamais. Grâce à une qualité de composition et d’interprétation exceptionnelle, ils jouent constamment sur le fil entre retenue introspective et explosions cathartiques. La setlist parcourt l’ensemble de leur discographie – à l’exception de quelques EP confidentiels – et souligne l’impressionnante homogénéité de leur répertoire. Seul Panorama, plus marqué par le post-rock, n’a droit qu’à un unique représentant, quand les autres albums voient trois ou quatre de leurs morceaux interprétés. Après avoir ouvert le concert avec deux titres du dernier disque, La Dispute le referme en puisant dans son premier chef-d’œuvre, notamment avec un bouleversant « Andria », interprété avec une intensité remarquable. Sans atteindre tout à fait la claque infligée par Defeater l’an passé, le groupe signe une nouvelle prestation de très haut niveau et confirme, une fois encore, qu’il demeure l’une des références absolues du post-hardcore… sur scène. (Bertrand Pinsac)

Mastodon (c) Romain Ballez

On le savait, on le sentait : en restant jusqu’au bout du concert de La Dispute, on allait avoir toutes les peines du monde à rejoindre la Valley pour Mastodon. Les patrons du metal progressif/sludge/stoner d’Atlanta attirent les foules, et cette scène, comme ce fut le cas pour Clutch ou Fu Manchu avant eux, paraît désormais bien trop petite pour les accueillir. Faut-il pour autant les transférer sur une Main Stage ? Surtout pas. Leur place est ici, autant pour des raisons de son que de cœur. Reste qu’il a fallu jouer sérieusement des coudes pour se frayer un chemin au milieu d’une foule immense, compacte et totalement acquise à leur cause. C’est donc d’assez loin que l’on assiste à un concert monumental. Après une introduction sur « Crazy Train » d’Ozzy Osbourne, Mastodon frappe d’entrée avec deux bangers absolus, « Tread Lightly » et « The Motherload », histoire d’expliquer immédiatement aux quelques curieux égarés qu’ils ont eu l’excellente idée de s’arrêter au bon endroit. Avec une telle ouverture, un son colossal et un light-show particulièrement généreux, le groupe met instantanément toute la Valley dans sa poche. L’enthousiasme du public est à la hauteur de l’événement. Dans la foulée, les Américains rendent hommage à Brent Hinds en lui dédiant le nouveau « Your Ghost Again », premier aperçu très prometteur du prochain album. Désormais épaulé par le claviériste João Nogueira (Arcadia), le trio historique en profite également pour présenter officiellement son nouveau guitariste, Nick Johnston. Sans chercher à remplacer Brent Hinds, celui-ci impressionne par sa précision et son intégration, au sein d’un ensemble affichant une maîtrise instrumentale tout simplement exceptionnelle. Si Remission reste le grand oublié de la soirée, tous les autres albums trouvent leur place dans une setlist remarquablement équilibrée. « Crack The Skye », « Megalodon », « Black Tongue » — quelle bombe ! –, « Steambreather » – quelle tuerie ! – puis, en guise de conclusion, l’inévitable « Blood And Thunder » : difficile d’imaginer meilleur enchaînement pour combler les fidèles. Pour sa cinquième participation au Hellfest, Mastodon confirme qu’il appartient définitivement au cercle des seigneurs de la Valley. Une prestation d’une intensité rare, portée par un répertoire exceptionnel et un groupe au sommet de son art. L’un des très grands concerts de cette édition, sans la moindre hésitation. (Bertrand Pinsac)

Mastodon (c) Romain Ballez

Gridiron est l’un des groupes qui montent actuellement sur la scène hardcore américaine. Ils ont beau attaquer tôt ce vendredi, leur fusion de hardcore metal de bûcheron et de rap de caillera obsédé par les métaphores sportives n’a pas besoin de plus d’un quart-temps pour retourner la Warzone. Alors qu’il rappait encore assez maladroitement en live il y a deux ans, l’imposant Matthew Karll a énormément progressé en matière de flow. Quant à ses acolytes – membres de Scarab, Simulakra, Never Ending Game ou Ecostrike –, ils ne sont clairement pas venus cirer le banc. Le nouveau single « Lights Out », qui évoque un Limp Bizkit sous stéroïdes, laisse même penser que Gridiron pourrait rapidement aller tâter de la Main Stage s’il poursuit sur cette lancée, tandis que les excellents « World At War » et « No Good At Goodbyes » donnent à toute la Warzone des envies de gagner des yards comme si la saison se jouait sur ce concert. Au rayon hardcore, Gridiron signe assurément l’un des plus beaux touchdowns de ce Hellfest 2026. (Bhaine)

Avec son metalcore moderne mâtiné de nu metal et son exotisme bollywoodien, Bloodywood avait déjà cartonné au Hellfest à l’heure du déjeuner en 2023. Suffisamment, en tout cas, pour décrocher un créneau bien plus exposé cette année et confirmer sa spectaculaire ascension. Et quitte à se farcir du gros metalcore surproduit pour faire la fête, autant que ce soit avec des visuels animés absolument dégueulasses – à la limite de l’IA slop – montrant des divinités indiennes filant à moto dans les rues de New Delhi. Des gimmicks, certes, mais des gimmicks qui font des wheelings. En plus, il y a du dhol (un tambour à deux peaux) et de la flûte. C’est quand même plus sympa que les refrains pop mal chantés. (Bon, il y en a aussi, mais dès que ça devient vraiment nul, on se rabat sur l’écran géant où des éléphants viennent tout casser.) Les six musiciens donnent l’impression de vivre leur meilleure vie. Et contrairement à des formations comme Babymetal ou The Hu, Bloodywood est né de l’initiative de son chanteur et de son guitariste, pas de celle d’un producteur ayant flairé le bon filon auprès des metalleux occidentaux. Résultat : les festivaliers massés devant la Main Stage 2 reprennent avec enthousiasme « Nu Delhi » et « Gaddaar ». Les dieux du bon goût nous ordonnent bien de prendre la fuite, mais on passe un moment beaucoup trop réjouissant pour leur obéir. Ces mêmes dieux du bon goût que l’on enverra d’ailleurs gentiment se faire cuire le cul un peu plus tard, lorsque Limp Bizkit investira la scène voisine. (Bhaine)

Ceremony (c) Romain Ballez

Au rayon programmation pointue, Ceremony à la Warzone, ça se pose là. Inclassable, le groupe californien est passé, au fil des années, d’un hardcore punk tendu et nerveux à une new wave habitée, toujours sur le fil du rasoir. Cette dualité saute d’ailleurs immédiatement aux yeux sur scène. Entre le look et les mouvements ultra glam du guitariste-claviériste Anthony Anzaldo et la dégaine de vieux hooligan de Ross Farrar, qui claque le câble de son micro contre le sol comme si celui-ci lui devait de l’argent, il y a un monde. L’expérience Ceremony fonctionne probablement mieux dans un club bondé que sous le soleil d’un festival en plein après-midi, même si l’on apprécie les nombreux morceaux de Rohnert Park, leur meilleur album, interprétés aujourd’hui. La bassiste de tournée Jasmine Watson (Torso) forme avec le batteur Jake Casarotti – arborant un maillot de l’Olympique lyonnais – une section rythmique qui n’aurait pas dépareillé sur les albums les plus expérimentaux de Black Flag dans les années 80. Même si, pour l’occasion, c’est plutôt les Dead Kennedys que Ceremony choisit de mettre à l’honneur avec une reprise de « California Über Alles ». Une seule envie, au final : revoir le groupe dans une salle où flotteront davantage l’odeur de la sueur et de la rage que la torpeur d’un Hellfest assommé par le soleil. (Bhaine)

Malevolence (c) Romain Ballez

Les Anglais de Malevolence cartonnent avec leur tambouille mêlant beatdown hardcore bovin, metal moderne et sludge pour les nuls. Sceptiques après plusieurs écoutes de leurs albums, qui ne nous ont jamais convaincus, nous venons vérifier si leur réputation scénique est méritée et si ce très beau créneau en début de soirée sur la Warzone se justifie. Verdict ? Oui… et non. Oui, parce qu’ils n’ont clairement pas volé leur place. Le public, venu en masse, leur mange dans la main et semble adorer tout ce qu’il voit et entend. Non, parce que, de notre côté, on trouve ça franchement médiocre. Musicalement, ça se résume bien souvent à du Hatebreed de contrefaçon, avec, de temps à autre, un gros passage à la Crowbar. Comme le hardcore metal fonctionne toujours à merveille en festival et que l’on est en pleine Crowbarmania, évidemment que la formule fait mouche. Mais bordel, que c’est plat. Et surtout, que ça manque d’idées. Le guitariste Konan Hall assure ses parties vocales à la Kirk Windstein avec un vrai talent d’imitateur, mais ce sont précisément les passages où l’on décroche le plus. On s’attendait à retrouver ce petit côté branleurs anglais qui aurait pu rendre le concert attachant. Raté. Ici, tout est 100 % professionnel, 100 % premier degré… et, à nos yeux, totalement dépourvu de charisme. Nous n’en attendions déjà pas grand-chose, mais nous repartons malgré tout déçus. Manifestement, c’est nous le problème puisque la Warzone, elle, est en fusion. Tant mieux pour Malevolence. Désolé, mais nous continuons de penser que le groupe n’arrive même pas à la cheville de Nasty. (Bhaine)

On se souvient encore du concert épique donné par The Dillinger Escape Plan au Hellfest 2017, juste avant la dissolution définitive du groupe. Au fond, on se doutait bien que ça ne collait plus vraiment entre le guitariste Ben Weinman et le très « rock star » Greg Puciato. Dans cette logique, on n’a donc été qu’à moitié surpris de voir Dillinger se reformer avec son chanteur originel, Dimitri Minakakis, pour une série de concerts entièrement consacrés à Calculating Infinity, premier album du groupe et seul enregistré sans Puciato. Ça saute immédiatement aux yeux : Weinman et Minakakis sont avant tout deux vieux copains ravis de rejouer les morceaux de leur folle jeunesse. De toute façon, le chanteur n’a pas les capacités vocales nécessaires pour défendre le reste du répertoire de TDEP (déjà que, là, c’est parfois limite…), mais Weinman et compagnie mettent toute leur énergie à ressusciter l’esprit de 1999. Le début du concert est plombé par d’importants problèmes de son. Qu’importe. Ils ne semblent même faire qu’accentuer le chaos de ce mathcore frénétique, qui parvient encore à nous secouer malgré la fatigue accumulée, à une heure du matin, sur la Warzone. Bill Rymer est toujours un batteur hallucinant et, malgré les cheveux qui grisonnent, les autres musiciens continuent de se contorsionner comme si rien n’avait changé. On l’avait presque oublié. Eux nous le rappellent avec éclat : « The Mullet Burden » – extrait de l’EP Under The Running Board, lui aussi interprété dans son intégralité – ou « Sugar Coated Sour » ont véritablement changé la donne à l’époque. Les deux filles de Weinman (trois et cinq ans, à vue de nez) viennent ensuite livrer une chorégraphie improvisée aussi improbable que dispensable sur le plus calme « Weekend Sex Change » – parce que pourquoi pas ? – tandis que « Monticello », issu du premier EP, est lui aussi intégré à la setlist, histoire d’étirer un peu un concert alors que Calculating Infinity dépasse à peine la demi-heure. Seule véritable entorse au principe du « tout Minakakis », le groupe reprend le terrifiant « Come To Daddy » d’Aphex Twin, enregistré à l’époque de leur collaboration avec Mike Patton. Le concert s’achève évidemment sur l’inévitable « 43% Burnt » et, devant le plaisir manifeste que prend ce line-up à rejouer ensemble – enfin, façon de parler, puisque James Love et Bill Rymer n’ont jamais appartenu au groupe en même temps que Minakakis –, on ne dirait franchement pas non à une prolongation de ces retrouvailles… voire à un nouvel album. (Bhaine)

Pionnier du heavy metal français des années 80 (avec, bien sûr, ce fameux chant en français), Sortilège a progressivement effectué son retour au milieu des années 2010. D’abord sous la forme d’un tribute band, puis d’une véritable reformation lorsque Christian « Zouille » Augustin, le chanteur emblématique du groupe, a décidé de relancer la machine – laissant au passage sur le carreau les musiciens à l’origine du tribute band, à l’exception du guitariste Bruno Ramos, aujourd’hui disparu. Mais bon, on n’est pas non plus dans Dallas. Depuis, le groupe sort de nouveaux albums et tourne avec un parti pris assez rare dans ce genre d’exercice : privilégier les compositions récentes plutôt que les classiques. Une philosophie seulement partiellement appliquée aujourd’hui puisque cinq des neuf morceaux interprétés sont issus des trois premiers albums des années 80. En revanche, Sortilège fait l’impasse sur ce qui demeure probablement son titre le plus emblématique, l’épique « Délire d’un Fou ». Imaginez Iron Maiden donnant un concert sans « The Number Of The Beast », ou Judas Priest sans « Freewheel Burning ». Les mauvaises langues avanceront que Zouille n’est tout simplement plus capable de l’interpréter, notamment dans ses envolées les plus aiguës. Accordons-lui toutefois le bénéfice du doute et profitons de ce concert aussi sympathique que chaleureux, devant un public dont la moyenne d’âge ferait probablement tourner de l’œil le fan-club de Bring Me The Horizon. Les classiques ne sont heureusement pas tous passés à la trappe. « D’Ailleurs », en ouverture, et « Sortilège », en clôture, font toujours parfaitement le travail. Si certains morceaux, comme « Mourir Pour Une Princesse », accusent un peu le poids des années, on savoure malgré tout ces quarante minutes de nostalgie – brûlante au sens propre, puisque le concert débute à… 13 h 35. (Laurent Catala)

Dans l’histoire du rock et du metal, les débats sur la légitimité des groupes après un split, une séparation ou une reformation font depuis longtemps le bonheur des amateurs de potins. Et dans la grande famille des batailles juridiques à la Venom, Batushka ou Gorgoroth, le cas de Queensrÿche mérite bien quelques instants d’attention. Véritable groupe phare de la fin des années 80, notamment grâce à son chef-d’œuvre – soyons justes, il l’est – Operation : Mindcrime, la formation emmenée par Geoff Tate amorce pourtant son déclin dès l’album suivant, Empire. S’ensuivent le départ du chanteur en 2012, la naissance d’une seconde incarnation de Queensrÿche — Tate tourne toujours aujourd’hui sous son propre nom — et, presque logiquement, la rétrogradation du groupe « officiel » dans la hiérarchie des festivals. D’où ce créneau de 15 heures sur la Main Stage. Ne subsistent désormais du line-up originel que le bassiste Eddie Jackson et le guitariste Michael Wilton. Pourtant, ces pionniers de la scène de Seattle ne déméritent absolument pas face à un public certes bien moins nombreux qu’à l’époque de leur gloire. Todd La Torre — bon, d’accord, « nouveau » est relatif puisqu’il est là depuis 2012 — n’a évidemment pas le charisme de Geoff Tate, mais il reproduit son timbre avec une fidélité impressionnante. De quoi savourer « Eyes Of A Stranger » ou « Revolution Calling » en retrouvant immédiatement les sensations d’autrefois. On aurait simplement aimé entendre davantage de morceaux d’Operation : Mindcrime – quatre seulement sur neuf ce soir – plutôt que certains titres plus anecdotiques, même si rien de postérieur à Empire (1990 tout de même) ne figure au programme. Bon, la prochaine fois, ils sont prévenus : ils n’auront qu’à jouer l’album en intégralité, comme Geoff Tate l’a d’ailleurs fait récemment, notamment lors de son passage au festival Pyrenean Warriors. (Laurent Catala)

À ses débuts, My Dying Bride pratiquait un death/doom dont les influences gothiques, déjà perceptibles sur Turn Loose The Swans ou The Angel And The Dark River, finiront malheureusement par prendre une place prépondérante. Le groupe britannique saura bien, de temps à autre, revenir vers des terres plus sombres et plus lourdes – A Map Of All Our Failures, en 2012, en est un bon exemple –, mais ces parenthèses resteront finalement assez rares. L’intérêt principal de ce concert réside donc ailleurs : découvrir My Dying Bride sans Aaron Stainthorpe, son chanteur historique, parti l’an dernier. Pour assurer les concerts, le groupe a fait appel à Mikko Kotamäki, de Swallow The Sun. Sans déplacer des montagnes, celui-ci remplit honnêtement sa mission. La proximité stylistique entre les deux formations facilite sans doute son intégration. Certains morceaux, comme « Like Gods Of The Sun », s’attardent un peu trop sur leur versant le plus lyrique, mais les riffs restent solides et l’atmosphère générale finit par emporter l’adhésion. Entre lumières tamisées et musiciens privilégiant les nuances aux démonstrations de force, le concert dégage une ambiance presque cabaret gothique, étonnamment immersive. Une prestation finalement plus captivante qu’on ne l’aurait imaginé. (Laurent Catala)

Avec le Run For Your Lives Tour, les iconiques Iron Maiden sont repartis pour une gigantesque tournée mondiale (la dernière ?), qui ne pouvait évidemment faire l’impasse sur le Hellfest tant les liens entre le groupe britannique et le festival sont étroits. Sans surprise, la setlist est identique à celle du concert exceptionnel donné l’an dernier à Paris La Défense Arena, à une nuance près : « Infinite Dreams » remplace « The Clairvoyant ». Deux morceaux de Seventh Son Of A Seventh Son, dans tous les cas, de quoi ne pas trop dérouter les habitués. Un an plus tard, on est surtout heureux de constater que Simon Dawson a davantage pris ses marques derrière les fûts. Son jeu paraît plus fluide, plus rapide, plus syncopé aussi, tout en restant moins narratif que celui de Nicko McBrain, dont les fioritures demeurent difficilement remplaçables. L’énergie des musiciens reste, elle, totalement intacte. Bruce Dickinson impressionne toujours autant, aussi bien par ses performances vocales que par son rôle de véritable monsieur Loyal, multipliant les interventions entre les morceaux avec son enthousiasme habituel. Quand on songe que tous les membres du groupe approchent ou dépassent désormais les 70 ans, difficile de ne pas tirer son chapeau. Le concert, en lui-même, est irréprochable. On partage néanmoins le regret exprimé par Dickinson de voir le spectacle débuter en plein jour, la lumière réduisant forcément l’impact des impressionnantes scénographies de Maiden. (Même si cela vaut toujours mieux que le black-out total qui frappera le groupe trois jours plus tard lors de son retour à Paris La Défense Arena…) Comme souvent avec Iron Maiden, chacun repartira avec son moment préféré. Pour nous, ce seront toujours « Rime Of The Ancient Mariner » et « Powerslave ». Mais le rappel fonctionne parfaitement, avec un « Aces High » désormais déplacé en fin de concert, avant un fédérateur « Wasted Years », probablement le morceau le plus ouvertement pop de toute la carrière du groupe. En résumé : Up The Irons, pour toujours ! Même si, un jour ou l’autre, la corde sur laquelle Maiden tire depuis si longtemps finira bien par casser. (Laurent Catala)

Jeudi 18 juin