La France entière suffoque en cette dernière semaine de juin et, partout dans l’Hexagone, manifestations et festivals sont annulés en raison d’un dangereux cagnard. Par chance, même s’il fait encore très chaud en Bretagne, Rennes est sur le point de sortir du niveau d’alerte rouge. C’est donc devant le Jardin Moderne, sur une scène installée en plein air, que la température va continuer de grimper avec une affiche réunissant la crème du hardcore actuel. Pour rappel, le Superbowl Of Hardcore de Rennes, c’est une vingtaine de groupes qui se succèdent pendant deux jours sur une unique scène, pour des sets oscillant entre 25 minutes pour la majorité des formations et 40 minutes pour les têtes d’affiche. Si le cru 2025 avait été riche en grands noms historiques, le public s’était montré moins fougueux que les années précédentes, puisque fatalement plus âgé (on plaide coupable, hein). En faisant cette année la part belle aux formations émergentes de la scène hardcore internationale, en particulier dans ses ramifications les plus brutales, l’édition 2026 s’annonce bien plus agitée. D’autant que, une fois encore, le festival affiche complet.
Par Bhaine
Vendredi :
Comme dit en introduction, nous sommes encore en alerte rouge canicule, heureusement plus pour très longtemps. Autant donc entamer ces deux jours de Superbowl avec… du power violence ! Stress Positions nous vient de Chicago, compte déjà deux albums aussi courts que furieux et n’est autre, en gros, que C.H.E.W. avec une nouvelle chanteuse. Malheureusement, cette dernière semble particulièrement éprouvée par la chaleur, ce qui nuit quelque peu à sa prestation. Leur hardcore punk ultra véloce, mâtiné de quelques accélérations d-beat et porté par un chant constamment hurlé, met immédiatement dans l’ambiance. On se dit néanmoins qu’un set de 25 minutes est presque trop long pour ce groupe, qui joue là à peu près tout son répertoire.
En revanche, 25 minutes constituent la durée idéale pour Kenya. Les Indonésiens illustrent parfaitement la montée en puissance des groupes asiatiques sur la scène hardcore mondiale. Beatdown, certes, mais avec suffisamment de groove pour davantage évoquer Terror que les formations les plus monolithiques du genre. Rien de franchement révolutionnaire, cela dit. Le chanteur multiplie les grimaces avec une conviction certaine, et le groupe était manifestement très attendu par la frange la plus jeune du public. Alors on évitera de jouer les vieux cons en grommelant que, dans ce registre, on a déjà entendu ça mille fois… et souvent en mieux.

Hard Mind (c) Darzec Photographie
Pour leur entrée en scène, les locaux de Hard Mind ne font pas les choses à moitié : joueur de biniou, fumigènes de stade (en même temps, on est à 500 mètres du Roazhon Park), immense drapeau « Bretagne Antifa » et une bande de tondus en débardeur venus jouer un hardcore tough guy comme au temps du KDS Crew et des premiers Superbowls rennais. Bref, plus breton que ça, on ne voit que Miossec en showcase dans une crêperie. Si on parle beaucoup de la scène parisienne depuis quelques années, Hard Mind est sans doute l’un des groupes de hardcore français les plus brutaux et les plus efficaces du circuit, et le set du jour ne fait que confirmer cette impression. Breaks de bandits, message politique limpide et manière aussi habile que respectueuse de s’inscrire dans un héritage musical et esthétique bien local : verdict, largement sous-coté/10.

Temple Guard (c) Darzec Photographie
On ne le répétera jamais assez : si vous avez envie de vous foutre en l’air, faites-vous aider. Cela évitera peut-être d’autres tragédies comme le récent suicide de Bo Lueders, guitariste des Américains de Harms Way, qui ont évidemment dû annuler leur venue. Pour les remplacer au pied levé, l’organisation rennaise a fait appel aux Anglais de Temple Guard, et on salue la cohérence de ce choix sur une affiche comptant déjà Domain, Contention et Whispers, soit ce qui se fait de mieux aujourd’hui au sein de cette nouvelle vague edge metal. Leur récent deuxième album nous ayant collé une énorme claque, on attendait beaucoup de ce concert et, fort heureusement, on n’est pas déçus. Partiellement cagoulés, les cinq Anglais déroulent une grosse demi-heure d’un hardcore metal d’une violence implacable : moitié All Out War pour la lourdeur, moitié Arkangel pour tout le reste. La voix se révèle plus brute que sur disque, mais pour le reste, on obtient exactement ce qu’on espérait. On imaginait en revanche que le groupe déclencherait un pit particulièrement furieux. Étrangement, le public reste assez calme et clairsemé durant tout le set. Il faut dire qu’il est encore tôt et que les conditions générales – oui, il fait toujours un putain de chaud – ne se prêtent pas vraiment aux grands pugilats.

Xiao (c) Darzec Photographie
Le hardcore punk des Suédois de Xiao bénéficie d’une excellente réputation et leur dernier album, Control, a été très bien accueilli. Pourtant, malgré toutes les qualités de leur musique – rapide, nerveuse et impeccablement exécutée –, il manque cette étincelle qui leur donnerait une véritable personnalité. Et le constat est le même sur scène : c’est appliqué, carré, efficace, mais terriblement dépourvu de charisme et de style. Les morceaux ont beau être courts, on finit malgré tout par gentiment s’ennuyer, ce qui, en seulement 25 minutes de concert, relève presque de l’exploit. Verdict : surcoté/10.
Avec les Américains de Denial Of Life, en revanche, le temps passe à une vitesse folle. On l’avoue, on n’avait prêté qu’une oreille distraite à leur dernier EP, paru l’an dernier. La surprise n’en est que plus réjouissante. Dans une veine crossover thrash évoquant Power Trip, avec une chanteuse dont le timbre comme l’attitude rappellent immédiatement ceux de Lexi Reyngoudt de Spaced, le quintette de Tacoma n’a besoin que de deux morceaux pour embarquer tout le public dans une gigantesque sarabande qui fait encore grimper la température d’un cran. On pourra toujours considérer qu’insérer un medley consacré au Sepultura de la période Arise en plein milieu du set relève d’une légère entorse au règlement. Mais ce genre de tricherie-là est parfaitement tolérée, et on ne peut que saluer les Américains pour avoir installé une ambiance qui, dès lors, ne retombera plus de la journée. Promis juré, ceux-là, on va désormais les suivre de très près.
Il y a moins de « vieux » groupes cette année que lors de l’édition précédente (et aucun formé avant les années 90), si bien que les Anglais de Stampin’ Ground font presque figure de vétérans sur cette affiche. Pas loin de devenir les nouveaux Merauder au début des années 2000 après leur signature chez Century Media, ils s’étaient malheureusement séparés avant de réellement franchir un cap. De retour depuis quelques années, ils célèbrent aujourd’hui les 25 ans de Carved From Empty Words. Leur hardcore metal, légèrement anachronique, fonctionne pourtant toujours à merveille, porté par ses riffs à la Slayer et une setlist forcément très resserrée. La brutalité n’étant pas forcément l’ennemie de la bonne humeur, tout le monde affiche un large sourire, groupe compris, lorsque le son se coupe sur leur dernier morceau, « Officer Down », laissant le batteur avoiner seul pendant le break final tandis que le reste du groupe renonce à terminer proprement. Un concert finalement à l’image de leur première carrière : c’est excellent, ça ne lâche jamais rien… mais ça finit tout de même un peu en eau de boudin.

The Casualties (c) Darzec Photographie
Après une demi-douzaine de variations plus ou moins extrêmes autour de la violence hardcore, on accueille le street punk fédérateur des New-Yorkais de The Casualties avec bien plus d’enthousiasme qu’on ne l’aurait imaginé. Crêtes impeccablement dressées, panoplie UK82 irréprochable : difficile, de toute façon, de résister à leur énergie communicative et à leurs refrains à base de « oh ooooh oh » repris le poing levé, bière à la main. Et même deux jours plus tard, bon courage pour vous sortir de la tête des hymnes comme « We Are All We Have » ou « Unknown Soldier ».

Converge (c) Darzec Photographie
Tête d’affiche de cette première journée, Converge vient de publier coup sur coup deux nouveaux albums en 2026, mettant fin à neuf années de silence discographique. On se demande donc comment le groupe va réussir à condenser un tel répertoire en seulement 40 minutes. Premier constat : ils vont légèrement déborder, pour notre plus grand plaisir. Ensuite, on parle quand même des patrons incontestés du hardcore chaotique depuis plus d’un quart de siècle. Les balances sont expédiées en quelques minutes devant un chapiteau déjà bondé, et le groupe attaque sans attendre. Ce qui impressionne le plus, c’est qu’à l’inverse de 99 % de leurs contemporains, ils ne cherchent pas à vivre sur leurs acquis : la majeure partie du set est consacrée aux nouveaux morceaux. « Love Is Not Enough » puis « Bad Faith » mettent immédiatement tout le monde d’accord. Le son est colossal et les quatre musiciens rivalisent de maîtrise comme d’intensité. L’enchaînement « Eagles Become Vultures », « Dark Horse » et « Under Duress » nous met littéralement à genoux avant une nouvelle salve de compositions récentes, dont « To Feel Something » et son énorme mosh part. Le sourire aux lèvres, Jacob Bannon rappelle que le tout premier concert français de Converge avait justement eu lieu au Superbowl Of Hardcore de Rennes, en 1999. Ben Koller précise aussitôt que lui n’était pas encore dans le groupe, puisqu’il fête cette année ses 25 ans derrière les fûts de Converge. La fin du concert continue d’alterner ancien et nouveau avec « The Broken Vow » et l’épique « We Were Never The Same », avant l’inévitable conclusion sur « Concubine ». Au final, si l’on compare avec la setlist actuelle de la tournée – seule la vieille bombe hardcore « Conduit », qui aurait pourtant fait un malheur dans un tel contexte, manque à l’appel –, le groupe n’aura joué que deux morceaux de moins qu’à l’accoutumée. Une performance implacable. Converge déçoit rarement ; ce soir, c’était une véritable démonstration.
Samedi :
Le samedi est plus chargé que la veille – douze groupes contre neuf le vendredi – et les hostilités démarrent plus tôt. On arrive néanmoins pile à temps pour assister à la fin du set du deuxième groupe français du week-end : Kibosh. En une poignée de morceaux de hardcore metal chaotique et intense, les Bordelais confirment tout le bien que l’on pensait de Your Favorite Curse, leur premier album paru en 2024 chez Frozen Records. Une excellente manière de se remettre dans le bain.
Place ensuite aux Allemands de Haywire. Oui, il y a bien deux groupes nommés Haywire à l’affiche, tous deux formés à peu près à la même époque, juste après le Covid. Musicalement, en revanche, ils n’ont absolument rien en commun. Nos voisins d’outre-Rhin pratiquent un beatdown hardcore moderne dans l’air du temps, efficace mais assez générique. Heureusement, la présence d’une chanteuse francophone, particulièrement loquace entre les morceaux, apporte une vraie personnalité au concert. Et l’accueil que lui réserve le Superbowl est particulièrement enthousiaste, surtout du côté de la frange la plus jeune du public.
Cette édition 2026 est décidément placée sous le signe de l’international puisque ce sont désormais les Brésiliens de Worst qui investissent la scène en cette fin d’après-midi. Avec dix nationalités représentées par 21 groupes, le festival affiche une belle diversité, même si le contingent américain reste largement majoritaire. Mais revenons à Worst qui, après bientôt quinze ans d’existence, fait presque figure de vétéran. Leur hardcore beatdown, taillé pour le mosh, est relevé de quelques inflexions sud-américaines – les paroles sont en partie chantées en portugais – qui rappellent Children Of Gaia ou Nueva Ética. Sans être inoubliable, le concert est interprété avec suffisamment de conviction et de ferveur pour nous faire passer outre le caractère assez générique de leur musique.

Clique (c) Darzec Photographie
Si vous lisez régulièrement new Noise, vous savez peut-être déjà à quel point on apprécie Clique, et plus particulièrement leur dernier EP, dont le titre résonne presque comme un mantra : Death Is Not Our Only Option. De tous les groupes ayant émergé de Californie ces dernières années, Clique est l’un de ceux dont la musique comme le discours nous semblent les plus percutants et les plus pertinents. Certes, ils ne réinventent pas la roue, mais leur manière de mêler des riffs massifs à la Will Haven, des rythmiques proto-indus évoquant Harms Way et un hardcore nu-beatdown dans la lignée de Sunami prend toute son ampleur sur scène, alors même qu’ils ne jouent pas aujourd’hui avec leur line-up habituel. Habité du début à la fin, le chanteur enchaîne les prises de parole et les tirades politiques entre chaque morceau, au point d’évoquer un Zach de la Rocha qui serait resté toute sa carrière dans le circuit hardcore punk. On l’a déjà écrit à plusieurs reprises : c’est un groupe à suivre de très près. Après les avoir vus sur scène, on ne peut que persister et signer.
Au championnat du edge metal qui se tient ce week-end en terres bretonnes, les Floridiens de Domain font presque figure d’outsiders. Avec ce groupe pas aussi stylés que Temple Guard et moins punitifs que Contention, on s’attend juste à passer un bon moment. On n’avait pas anticipé (même si on l’espérait) qu’ils étaient absolument monstrueux sur scène. Leur set, largement consacré à leur premier album Life’s Cold Grasp, est une véritable leçon. On croirait voir et entendre une version modernisée de Morning Again. Notre seul regret ? Qu’ils n’aient pas eu la bonne idée de conclure leur prestation par leur explosive reprise du « Propaganda » de Sepultura, qui referme pourtant leur dernier EP.

Volatile Ways (c) Darzec Photographie
On reste dans des sonorités métalliques, mais cette fois bien plus proches du slam death avec les Australiens de Volatile Ways. On n’est pas forcément clients de cette fusion hardcore/death particulièrement primaire, avec caisse claire à la Sanguisugabogg et chant ultra-growlé, mais les groupes australiens possèdent souvent ce petit supplément de folie qui transforme un bon concert en véritable déflagration. Celui de Volatile Ways ne fait pas exception. Et puis, on trouve franchement drôle de voir leur chanteuse littéralement gambader sur scène entre deux grognements parfaitement inhumains. La dernière fois qu’on avait vu une jeune frontwoman prendre autant de plaisir à jouer les furieuses, c’était chez leurs compatriotes de Terminal Sleep, ce qui n’est probablement pas un hasard.
Au cas où l’on n’aurait pas encore eu notre dose d’edge metal floridien avec Domain, leurs voisins de Contention viennent nous expédier en pleine face la quasi-intégralité de leur formidable Artillery From Heaven. On pensait la barre déjà placée très haut, mais on n’imaginait pas Contention aussi evil sur scène, en particulier grâce à un chant qui ferait passer les chanteurs les plus sataniques du black metal pour d’inoffensifs choristes en culottes courtes. Comme le son est irréprochable – une constante durant tout le festival, à une exception près sur laquelle on reviendra plus loin –, chaque riff évoquant Morning Again ou Culture menace de déclencher une émeute. Les 25 minutes de concert donnent l’impression d’en durer dix de moins.
Le beatdown européen de la fin des années 90 compte encore de nombreux adeptes, et Born From Pain en demeure l’un des représentants les plus solides. On a tout de même envie de dire que leur musique a pris un petit coup de vieux. N’ayant jamais été de grands admirateurs des Hollandais, on regarde leur prestation d’un peu loin, sans jamais vraiment entrer dedans, même si l’on remarque avec plaisir la présence de Mike Justian (Madball) derrière les fûts. Le retour d’ascenseur est logique puisque Pete Goerlitz, guitariste de Born From Pain, avait assuré la basse chez Madball en 2023. À part ça, pas grand-chose d’autre à signaler.

The Chisel (c) Darzec Photographie
Après cinq heures de mosh parts en tout genre, les Anglais de The Chisel apportent une respiration bienvenue. À la croisée du hardcore punk, de la Oi ! et du street punk, les Londoniens menés par le chanteur Callum Graham – dont la gouaille rappelle celle de Graham Sayle de High Vis (c’est peut-être le prénom qui veut ça) – et épaulés par Charlie Manning-Walker (Chubby And The Gang) à la guitare font parfaitement le travail, sans toutefois réussir à faire totalement exploser le chapiteau du Jardin Moderne. Le groupe se montre irréprochable, mais il doit sans doute donner sa pleine mesure devant un public qui connaît les chansons par cœur. Un très bon moment malgré tout.
C’est l’humoriste sud-africain Trevor Noah qui le dit dans son dernier spectacle pour Netflix : s’il fallait établir un top 5 des choses que les Blancs préfèrent au monde, « Sweet Caroline » de Neil Diamond, diffusée dans tous les stades et gymnases de la planète, figurerait tout en haut de la liste. Le public du Superbowl devait donc être particulièrement blanc puisque le chanteur Austin Sparkman n’a aucun mal à faire reprendre le morceau à gorge déployée par tout le public lorsque les Bostoniens de Haywire le balancent sur la sono avant d’enchaîner sans transition avec « Hang Up the Telephone ». Synthèse parfaite de l’esprit du hardcore de Boston, entre punk vindicatif et hardcore teigneux, celui qui relie DYS et SSD à Rival Mob et aux Dropkick Murphys (avec lesquels Haywire vient d’ailleurs de sortir un split LP), le groupe est tout simplement l’un des meilleurs du moment. Sparkman et sa bande n’ont pas encore trois ans d’existence et une discographie très réduite, mais possèdent déjà une poignée d’hymnes évidents, de « Summer Nights » à « Like a Train », sans oublier « Boston Boot Boys », rebaptisé « French Boot Boys » pour l’occasion. Ajoutez à ça une reprise de Rival Mob, une autre de Title Fight et l’énergie délirante de Sparkman, et vous obtenez l’un des concerts les plus mémorables du week-end. Ce groupe ira très loin, c’est écrit. Boston Hardcore All Day Every Day !

Madball (c) Darzec Photographie
Comme les têtes d’affiche Madball ont un avion à prendre, elles ne jouent pas en clôture. Pour rester dans l’énergie de Haywire, ce n’est finalement pas plus mal que le boss final du New York hardcore prenne directement la relève. Malheureusement, de tous les concerts de la bande à Freddy Cricien auxquels nous avons assisté – et il y en a eu un paquet –, celui-ci est probablement l’un des plus décevants, voire le plus bancal. Ce n’est pourtant pas la durée du set qui pose réellement problème, même si quarante minutes paraissent un peu courtes pour un groupe de cette importance. Non, le principal écueil vient plutôt de ce nouveau line-up, qui ne ressemble pas encore tout à fait au Madball que l’on connaît, même si le dernier arrivé, le bassiste de Kill Your Idols, affiche un CV irréprochable. La setlist fait la part belle aux classiques de Set It Off (« Down by Law », « Set It Off », « Lockdown »), tout en piochant, comme toujours, dans presque toute leur discographie. Les New-Yorkais jouent évidemment en terrain conquis et le public leur mange dans la main. Là où le bât blesse, c’est que le groupe est plombé par un son étonnamment faiblard et plusieurs problèmes de micro. Plus gênant encore, Freddy Cricien est loin de livrer sa meilleure prestation vocale. Malgré toute leur énergie, c’est clairement un soir sans. Curieusement, lorsque Pete Goerlitz de Born From Pain récupère la basse sur les deux derniers morceaux, « Pride » et « Doc Marten Stomp », Madball redevient soudain… Madball. Il faudra sans doute un peu de temps pour que cette nouvelle formation trouve ses automatismes. Et puis, ne noircissons pas trop le tableau : un concert moyen des New-Yorkais reste largement supérieur à la moyenne.

Whispers (c) Darzec Photographie
Prestation moyenne ou non, passer juste après Madball dans un festival hardcore tient davantage du suicide assisté que du défi motivant. Ça tombe bien : les Thaïlandais de Whispers et leur « Bangkok evil-core » sont précisément obsédés par la mort et la souffrance. Si leurs riffs les rapprochent du edge metal que l’on a tant entendu ce week-end, c’est évidemment à Kickback qu’ils font le plus penser. Et à toutes les incarnations de Kickback à la fois : le groupe hardcore de Forever War comme le commando metal extrême de No Surrender. Sur scène, le résultat est à la hauteur de Yom-Ma-Lok, leur dernier album et l’un des meilleurs disques hardcore de 2024. Cette fois, le son est parfait et leur demi-heure de concert atteint un niveau de violence et d’intensité absolument sidérant. Les musiciens ont beau sembler adorables et demander timidement au public de « faire des trucs stupides parce que c’est le moment », chaque nouveau morceau déclenche une véritable guerre devant la scène. Tout le monde est épuisé après deux jours de festival éprouvants, mais Whispers, tout entier voué à ses maléfices, donnerait presque envie à un mort de sortir de sa tombe pour incendier son quartier au lance-flammes. Après une demi-heure qui paraît n’avoir duré que quelques minutes, cette édition 2026 du Superbowl Of Hardcore s’achève sur « Chaos Reigns », dans un joyeux chaos où plusieurs membres de Domain viennent prêter main-forte à leurs collègues thaïlandais. Une conclusion parfaite à un concert qui l’était tout autant. Difficile d’imaginer meilleure façon de refermer le festival.
Bilan : entre des concerts souvent excellents, parfois carrément exceptionnels, une ambiance particulièrement détendue, un public investi et une organisation irréprochable, difficile de conclure ce report autrement qu’en reprenant les trois derniers mots prononcés par Freddy Cricien avant de quitter la scène : « Hardcore still lives! »








