Neurosis : nouvel album en écoute

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Sans annonce préalable, Neurosis vient de sortir un nouvel album, son premier en dix ans. Voici le communiqué du groupe :

« Nous sommes mis à nu, déchirés de part en part »

L’évolution peut se révéler laide comme sublime, douloureuse comme euphorique. An Undying Love For A Burning World constitue la première nouvelle parution de Neurosis depuis dix ans, et s’impose comme une déclaration d’intention puissante, un geste de renaissance — celui de premiers pas guidés par la détermination et la résilience.

« Nous en avons besoin, peut-être plus que jamais, et nous pensons ne pas être les seuls. Les épreuves et les turbulences dans nos vies personnelles comme au sein du groupe, combinées à la difficulté de naviguer dans la folie de notre société — avec le stress, l’anxiété et l’isolement que cela implique — peuvent s’avérer insoutenables. À cela s’ajoutent la confusion existentielle et la tristesse liées à la crise climatique et à la sixième extinction de masse. De quoi perdre complètement la raison si l’on ne trouve pas d’exutoire ou de catharsis. Cette musique étrange, chargée émotionnellement, a toujours été pour nous un moyen de survivre à tout cela, et c’est de cela dont nous avons toujours parlé. Lorsqu’on a passé toute une vie à canaliser ces énergies et à utiliser cette forme d’expression pour se purger et se purifier, laisser cela à l’abandon devient néfaste pour notre équilibre. C’était maintenant ou jamais. »

« Nous avons oublié comment vivre, alors nous souffrons »

An Undying Love For A Burning World se déploie comme un album épique au pouvoir hypnotique colossal — beau, terrifiant, et profondément captivant, comme seul Neurosis sait le faire. Aaron Turner (Sumac, Isis) rejoint le groupe au chant et à la guitare : une figure dont l’héritage s’entrelace naturellement avec celui de Neurosis, et un véritable esprit frère.

« Il s’est immédiatement investi, apportant des idées, écrivant, proposant des directions », explique le groupe. « Son énergie correspond parfaitement à la nôtre. Comme s’il avait toujours été destiné à être là. » Aaron ajoute : « Dès la première fois où j’ai entendu Neurosis, il y a plus de trente ans, j’ai eu le sentiment de découvrir la musique que mon esprit et mon cœur cherchaient sans encore l’avoir trouvée. Aujourd’hui, après des années à explorer mes propres chemins musicaux, le son et l’esprit singuliers de Neurosis continuent de résonner au plus profond de moi. C’est un honneur et un immense plaisir d’avoir été accueilli aussi chaleureusement dans un groupe qui a non seulement façonné ma vision des possibilités infinies de la musique, mais qui a aussi incarné l’importance de préserver l’intégrité créative et la camaraderie au-dessus de tout. »

« Nous avons oublié comment lutter, alors nous souffrons »

Neurosis n’a jamais craint le changement, et embrasse ici un processus de régénération constante, s’abandonnant à l’exorcisme émotionnel que sa musique provoque, entre lourdeur et distorsion. À l’image d’un univers tendant vers l’équilibre, la cacophonie de bruit, de rythmes et de dissonances du groupe finit toujours par se résoudre en instants de grâce. L’apport des vocaux puissants de Turner, ainsi que son approche de la guitare à la fois libre et débridée, agit comme une force essentielle alors que Neurosis se confronte une nouvelle fois aux dynamiques de l’évolution et de l’expression.

« Nous avons oublié que nous sommes sauvages, alors nous souffrons »

À travers chaque morceau de son histoire, Neurosis oscille sans relâche entre tension et apaisement, invoquant chez l’auditeur un sentiment à la fois primal et transcendant. Le groupe décrit son processus de composition comme une impulsion irrépressible de créer ensemble — une nécessité plus qu’un choix. Et de préciser : ce retour « n’est pas une reformation — nous ne nous sommes jamais séparés. »

L’album a été enregistré par Scott Evans (Kowloon Walled City, Sumac, Great Falls) au Studio Litho, à Seattle, sur trois week-ends cet hiver, puis mixé en trois jours à peine, six semaines avant sa sortie, dans le studio Antisleep Audio d’Evans à Oakland.

« Nous existons dans l’isolement, alors nous souffrons »

Neurosis donnera son premier concert en sept ans sur les terres traditionnelles de la nation Blackfeet, dans le Montana, à l’occasion du festival Fire in the Mountains, sur invitation spéciale de la Firekeeper Alliance, une organisation à but non lucratif engagée dans la prévention du suicide chez les jeunes des communautés autochtones.

Ce festival singulier, réputé pour conjuguer musiques intenses et paysages grandioses, vise à reconnecter les individus au monde naturel et à renforcer leurs racines ancestrales — une démarche en parfaite résonance avec la puissance profondément ancrée de Neurosis.

« Je ne peux imaginer de cadre plus approprié pour notre retour sur scène », confie Steve Von Till, également membre du conseil de la Firekeeper Alliance. « L’édition de l’an dernier fut l’expérience musicale la plus marquante à laquelle j’ai participé. Le week-end a pris une dimension quasi cérémonielle, à la fois cathartique et réparatrice, difficile à décrire. Utiliser une musique émotionnellement lourde pour créer du lien et affronter collectivement l’obscurité fait partie de notre ADN. Mais l’employer pour aborder frontalement des réalités aussi douloureuses que le suicide, le deuil, la perte ou les traumatismes, cela donne une portée encore plus profonde. »

« La dissonance est assourdissante. »

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